Vos y yo – I – version traduite
Jules,
J’ai pas eu le courage, je sais. Tu as dit que tu voulais pas que je t’appelle après cette dernière… cette dernière étreinte. Etreinte ? J’ai pas de dictionnaire avec moi pour les mots qui me manquent en français. Mais je ne sais pas non plus si j’ai de dictionnaire pour t’expliquer… je suis sûre que tu voudrais des justifications, que je t’explique tout, bien, propre. Mais je sais pas faire, propre, et ça existe pas dans la vie ça, propre. On le sait, non ?
Crois pas que je saigne pas, j’ai si mal ces jours-ci. Ça me fait si mal. Mes doigts, là ils ont du mal à tenir le crayon, parce qu’il fait froid où je suis, et aussi parce que ça me brûle, de te dire que la dernière fois, notre étreinte, le sexe à minuit, oui… que la dernière fois c’était bien la dernière fois. Tu avais raison. Mais tu as souvent eu raison sur moi, tu savais me lire même quand je voulais te cacher ma page. Je sais que j’ai joué à cache-cache. Escondido qu’on dit dans mon pays. Et maintenant qu’on se dit au revoir…
C’était excitant au début, de jouer à Cache-cache, non ? Tu pouvais pas m’appeler, m’écrire. Je venais, je te faisais la surprise. Tu m’attendais. J’aimais bien que tu m’attends au début. Après, moi aussi j’ai attendu de nous mais je pouvais pas trop non plus. Je nous ai pas tendu un piège, j’ai donné tout ce que je pouvais. Je sais, tu penses que c’était pas beaucoup, pas assez, que je me suis pas… ouverte ? Exposée à toi.
Pourtant, même si je pouvais pas tout te dire, te montrer, tu m’as découverte quand même, et même au-delà, au-delà, de ce que je pouvais montrer. Tu vas peut-être dire que ça n’a servi à rien, maintenant que je pars, que je suis partie. Mais crois-moi, si… tu m’as apaisée, des fois, même si des fois j’avais le mal-être, d’être prise entre l’ambition qu’on mène avec mon groupe et… toi.
Mais tu m’as aussi apaisée en me redonnant de l’espoir. Avant toi, il n’y avait plus eu beaucoup de monde. Du moins après Francisco. Je n’y croyais plus à tout ça, le désir, la tendresse et l’amour. J’avais fait le deuil, je crois, et je ne pensais plus que vivre avec mes amis, et ceux avec qui je vais réaliser mon ambition.
Toi, tu es arrivé, tu as mis le bazar, comme une tornade. Tu es ma tornade, Jules. Mais je suis revenue au calme, je suis concentrée sur ces choses dont j’ai jamais pu te parler. Enfin… tu sais.
Oui, tu savais qu’il y avait des morceaux de moi où tu pouvais pas venir. En tout cas, peut-être que tu vas penser que c’est cruel mais pour l’amour, je crois que tu as ressuscité quelque chose en moi. Et que si je reviens d’ici, qu’on revient vivants, je… je ne veux pas te faire espérer. Tu ne dois pas m’attendre, tu ne dois plus. Tu ne dois plus espérer, d’accord ? L’espoir c’est utile mais seulement quand on peut faire quelque chose avec. Je sais, je sais bien, je sais bien, que t’es pas d’accord. Que tu dirais que la volonté, ça fait que des choses arrivent. Mais il y a une différence entre l’espoir et la volonté, mon Jules. L’espoir, c’est quand on ressent. La volonté… c’est pour la réalité. Je sais oui, je sais que tu serais encore pas d’accord, mais bon.
Pour l’amour, tu m’as redonné espoir. Je dis pas que je reviendrai à Brest un jour, après tout ça. Peut-être même que tu seras parti. Et il faut que tu partes de moi, et que moi je parte de toi. C’est pour ça que je t’écris. Pas pour te repousser, mais pour te dire tout, et que tu peux… que tu puisses… partir. Pas apaisé maintenant, mais un jour si. Tout ça je pouvais pas te le dire en vrai, et de toute façon tu aurais pas pu l’entendre. Tu aurais lutté. Je sais bien que tu es pas calme ou ennuyeux comme je l’ai dit des fois, je sais bien que tu te serais battu, que tu aurais lutté. Mais en te disant que tu étais calme, que tu n’avais pas la folie, j’essayais aussi de me le dire à moi-même, pour à propos de toi, pour que ce soit plus facile de partir de toi. C’était pas volontaire, et je le comprends maintenant avec la distance. Je suis désolée si je t’ai blessé avec mes jugements, ou ces idées fausses. Mais au fond, ça m’a aidé à partir. Désolée.
Pour l’amour… je me sentais peut-être pas prête avec toi. Il me manquait quelque chose quand même. Peut-être que ça viendra avec un autre, si on revient d’ici, après tout ça. Alors ce sera grâce à toi, qui m’a ouvert de nouveau ce chemin-là. Je sais, c’est cruel. Mais c’est quelque chose de positif, que je dis.
Peut-être que je ne me sentais pas assez en… sécurité ? Sécurité, avec toi, dans les émotions.
Mais peut-être aussi que c’est parce que je devais partir, pour ici, et que la distance entre nous, elle ne me rassurait pas. Je suis désolée, je sais que c’est moi qui a pas eu confiance en toi, en nous. Je ne sais pas si on peut dire qu’il y a eu nous… mais je veux que tu saches…. je veux que tu sais, que tu te rappelles, le premier jour à la plage, à la baie de Audierne. Je t’avais dit, déjà, quand tu as vu j’étais troublée par que on dise qu’on était ensemble… je t’ai dit, que c’était quelque chose de difficile pour moi, mais que je devais trouver la solution toute seule.
Je sais… tu vas dire que j’ai tout fait toute seule, que je suis venue, repartie, que j’ai douté, que je suis partie. Comme une étincelle ou une comète. Mais tu sais que mon surnom justement, c’est ça, étincelle. Etincelle. Alors il faut pas que tu es déçu, justement.
C’était écrit, que j’allais partir. Même, pardon mais j’ai lu tes poèmes en cachette, des fois. Je pouvais lire que tu le savais, inconsciemment. Relis ce que tu as écrit : un vélo dans la nuit, la rivalité des vagues, théorème citadin… je les ai copiés, gardés, parce que je les aimais. Mais ils disaient bien ça aussi, au fond. Que j’allais partir. C’était beau, j’aimais beaucoup. Après, je comprenais moins, peut-être 30%… je te comprenais de moins en moins. Mais c’est peut-être aussi que je savais que j’allais partir, alors je faisais exprès de me dire que je te comprenais pas. J’ai pas joué avec toi, j’étais sincère. Mais inconsciemment, je crois que j’essayais de me convaincre que tu n’étais pas assez intéressant, fort, spontané, différent de moi… oui que tu étais trop similaire à moi pour que je t’admire, oui. J’essayais de me convaincre pour pouvoir partir de toi, parce qu’avec ma vie, la distance… j’avais du mal-être. J’aime pas ce mot. Je sais que tu voudrais jouer avec. J’ai la subtilité tu sais : je sais que tu dirais « non, pas mal-être, Agu’. Du mal à être toi-même avec moi ». Ce serait vrai. J’arrivais pas. J’ai essayé. J’ai essayé d’être moi-même et te comprendre quand tu parlais, dans ce que tu écrivais. Mais j’ai pas réussi parce que quand même, des fois tu es compliqué. Tu dis que moi c’est difficile de savoir ce que j’ai dans la tête, dans la tête, mais toi c’est pas mieux. Je sais bien, je sais bien, que tu dirais que je t’ai tendu, avec la distance que j’ai mis. C’est vrai aussi sûrement, je veux bien encore dire que tu as raison.
Mais des fois on s’est compris aussi, et c’est pour ça que je revenais, tout le temps. Peut-être aussi pour cela, pour ça, que tu me laissais revenir à chaque fois que je m’en allais. On espérait tous les deux qu’on se comprend plus, plus souvent, et qu’on se connaît mieux. Des fois je me dis qu’avec toute la distance, et que je devais partir pour mon groupe, ça pouvait pas marcher vos y yo, que j’aurais eu besoin qu’on soit amis, qu’on se découvre avant de commencer quelque chose. Y’avait quelque chose, quelque chose de profond et sincère entre nous oui, comme à la dernière étreinte. Si longue… si… je me suis sentie protégée cette fois-là, c’est vrai. Et partagée, vraiment. Mais j’aurais eu besoin de te connaître de avant, avant que tu sois mon amant. Je sais ce que tu dirais, tu me l’as dit même une fois. « Des amis ? Mais des amis t’en as plein déjà. Et est-ce que t’as envie d’avoir une histoire d’amour avec ces amis ? » et tu disais que je faisais « l’audacieuse » mais que en fait j’ai besoin d’être rassurée et dans la sécurité. Qu’est-ce que tu veux que je dise ? Oui c’est vrai. Je suis audacieuse dans la vie, mais quand je me suis brûlée une fois… Ce n’est pas la même chose. Il y a une encre… oui il y a une encre comme un tatouage, en moi, du passé peut-être. Une encre du passé, et quand c’est comme ça, je veux plus être audacieuse.
[…] [Version traduite ici] […]