Vendée Globe 2024 | Mardi 14 janvier 2025
Tout est jour ou nuit quand tout commence, tout finit
Et la mer s’embrase pour eux
Par-delà des latitudes et températures
A celle qui dit zéro « a bit of rum »
Il demeure en mouvement, et superstitieux ?
Voilà quatre ans l’avait-il fait suffisamment ?
Une lampée de plus : plus qu’à tremper les lèvres pour ce dieu
Par cet enduit, peut-être conjure-t-on
Quand à regarder loin, c’est qu’on jurerait ne pas y croire
De celui dont la trajectoire a passé la case hachurée
D’un pas assuré bien que ralenti : à faire durer vers le damier
A l’Equateur on passe la nuit
« under a beautiful moonlight »
Tandis que lui aussi passe la ligne
Cette boule qui file dans l’air
« we juste accelerated a bit »
Pas de houle ni d’effet des marées
Le départ est loin, l’arrivée encore aussi
Même si moins, dans ce soixante-sixième jour
Il y a des parts de soi qui font s’éviter le mauvais œil
En finir un soixante-cinquième, car tout est si vite arrivé
Jusqu’à ce premier qui guettait depuis les côtes
Comme en parade au long de son pays
Parade aussi au vent plus tortueux et moins nourri
Comme en paradis au fond
Les méfaits des torts d’il y a quatre ans : tués
Pas un bord de trop : simple accord donné
Par le temps, ses tons cléments
Sait-on ce qu’il s’est dit, au moment d’en terminer ?
Avec la grande étendue, celle qui est toute liée
Celle qui est toute l’idée de ce voyage, fait comme un combat
Fier, qu’on batte un record ou qu’on s’accorde un genre de gloire
Quatre ans doivent être longs, pour y croire et continuer de croître
De la trempe des braves, ces 34 à l’eau et 6 sortis
Si sortilège il y avait, le voilà déjoué
Le sang dans les tempes devait taper si fort cette nuit
Un mantra l’habitant
A la trappe jusqu’au dernier concurrent
Tant de commentaires entendus peut-être
Qu’on dut ressasser pour des discours salés
Conduit par sa seule volonté d’une ère
La sienne, à l’éphémère d’un passage pour le dixième trophée
Sans compter les secondes ou leurs centièmes
Superbe fugue, sans en recalculer un mouvement superflu
Juste à basculer aux bras de cette superbe foule
L’esprit humain est si tentaculaire et mystérieux
Les prix qu’il se donne, les primeurs qu’il s’octroie
Les punitions qu’il s’administre : regrets, remords, ressac
Lui a voulu remordre au sacré, pour voir un trophée le sacrant
Le mouvement s’accrochant au mieux à son navire
Crochetant les cieux comme aucun d’entre eux
Industrieuse façon de faire le tour
Et décachetant le scenario levé, maintenant ?
Comment a fait la fileuse, pour tisser cette histoire ?
Le diable ici eut-il son mot à dire ?
Déchantant ou réenclenchant, est-ce le Sud qui fit tout ?
Sous les plus périlleuses zones, l’Indien ?
Quand l’un dévia Nord et deux s’enfuirent
Qu’ils s’offrirent aux rayons de l’Orient, sous dépression
L’un rattrapé, une aile brisée
L’autre au-devant, resté talonné
A peine quelques taloches des pires tempêtes
La vitesse provoque des chances, que 30 autre n’eurent pas
Dans les rugissants ou les hurlants
Lui, à peine à se refaire quelques ourlets
A pleine allure il fut repris mais garda son haleine
Dans le cou du premier : dans le coup il resta
Dans ces conditions qui devait être celles de l’adversaire
Il se testa, résista, l’Ouest à porté de voile
Quand dans les temps au vitriol, son dauphin désormais
Aurait, dit-on, dû magnifier ses possibles
Celui-ci montra qu’il savait y faire, reprenant 500 milles puis la tête
Au Cap Horn il mena même, jusqu’à Rio mais pris au piège
Du près, des temps que le vainqueur savait et sut, embrasser mieux
S’évacuant l’enjeu ou savant tuer le jeu des luttes
Il partit d’un peu devant, juste ce qu’il fallut
Touchant sur tout un hémisphère, à l’idée à laquelle il s’était attaché
Sirènes, sirènes, de la victoire : de la vue d’un monde parcouru
Au plus vite, dans des pensées qu’on ne saura pas
Sereines ou agitées, ces dernières semaines furent telles
Qu’il fureta plus vite, plus fort, plus haut : Nord
Et cette nuit, à ne plus même à avoir à craindre
De se faire plumer, d’éviter les efforts malencontreux
A la rencontre de la nuit et du jour, il entendit
Non attaché, des voix humaines hors de toute dépression
Sans la moindre hallucination, dans un panaché de moteurs et lueurs
A la mer, la lune est motrice et dans ce petit matin
Elle fit des motifs sur l’eau, pleine, les plans dressés
Le navire et lui, finissant ce séjour dans la plus grande matrice
« Somos dos y las estrellas llenan el cielo que resplandece »
Ils furent deux et les étoiles remplirent, fuyantes, le ciel
Celui des pensées de beaucoup, d’une resplendissante arrivée
En ces instants, le pathos est à proscrire autant que les pudeurs
Il l’attendit quatre ans, après ces latences dites cuisantes
Cette nuit, à laquelle il ne fut plus d’heure ni temps
Non loin des quais, d’une ligne écrite, passée, d’y revenir
A voir se hisser les feux, les bras, une équipe, une femme, un fils
A bord ! d’un jour nouveau, comme une île ralliant un continent
De toute une étendue dont il communie, d’émotions irradiantes qui défilent
qui défièrent l’océan
Jean-Marie Loison-Mochon