Tabaco

Ballet incessant, ici devant l’immeuble

De ces êtres qui ne sont que poussière, comme toi et moi ?

Peut-être, mais décide-t-on de son insignifiance ?

La résignation est une frontière, qui je crois se dessine par soi-même

Par là mes mots vont où mes yeux regardent

D’un même petit théâtre et personne n’est plus propre sur soi

A 7, 8, 9h ça ouvre, petite boutique des solitudes, ou des habitudes solitaires

Pas d’ascètes ici, les cuites plus souvent, des nœuds pour des heurts ça arrive

Des hordes de passants, en tout cas, venant graviter en ce lieu

Petit portillon blanc, terrasse couverte et fumante

D’un tabac humide et froid ces derniers mois

Puis sous le réseau des rayons moins timides, il s’y prolonge

Des conversations à éclats, des blagues acides ou des saluts chaleureux

Chaleur unissant les pauvres et les pauvres, alunissant de leurs foyers alentours

Pauvres ou fortunés, à la vérité : les volants des voitures stationnant nous en disant plus

Sur l’esbrouffe, les rebuffades attendues

Ou le piège tendu des ivresses, du jeu, pour tous ceux-là

Jeunes ou vieux, locaux ou locaux d’ailleurs

Venus avec leur solitude sous le bras, et repoussant ici l’échéance

De repartir avec, motivés par soudain…

N’est ce plus que rien, est-ce le vide ?

La locomotive temporaire du commun, d’un collectif éphémère, imparfait succinct

Et je me demande s’il est un parfum universel ?

De ces vues de gens qui bourrent de sel la fadeur de leur plat quotidien

Leur place en eux-mêmes ils la délaissent

Pour aller se diluer là où le social se simule

Comment est-ce par chez toi ?

Je crains de croire que ce qu’étaient les tripots…

N’est qu’intemporel : une temporalité pourtant répandue

En toute époque à se mettre hors du temps

Par la proximité d’autres visages pas moins miséreux

Par le verre levé que d’autres lèvent à côté

Par ce numéro joué, qui se joue des autres aussi…

Par la clope offerte ou taxée, sur laquelle l’Etat prendra

Une même part des anges, une première portion d’enfer

Car on a fui sa solitude sans penser la soigner

Laissant son existence en décrépitude

Que chaque jour, un peu plus, va saigner

Et je ne saurais que te demander, dans des rues d’ailleurs

Comment est-ce par chez toi ? ce réel est-il aussi ?

De forêts de vies, par elles-mêmes mises en désuétude  

Jean-Marie Loison-Mochon

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