Sous les yeux du Licancabur

Je me souviens être parti loin

Partisan de l’idée qu’il fallait aller Sud

A ma main elle n’était pas latine

Mais l’Amérique ici m’avait atteint

Comme moi cette frontière, les pieds dans des eaux colorées

Après avoir sans relâche labouré la route : élaboré un désir

Pour en arriver jusque-là, jusque loin

Sous les yeux du Licancabur ; sous lésion de prochains regrets ?

Car ici dut s’arrêter la progression, avec l’acidité qu’ont

Le manque de courage, le manque de moyens ?

Ou le manque d’une rage à faire souffrir, à faire rougir un cœur

Qui depuis, depuis, m’est devenu tout étranger

Sachant qu’ensemble nous avions convenu, du commun

Sachant qu’ensemble nous étions revenus, comme d’une seule mort dans l’âme

Car la sienne n’était pas carnassière de ces lointains, juste de son petit patelin

Chose en laquelle se transforme tout village dès lors qu’on cesse d’en caresser la main

Avec autre chose que du mouvement, des ors secrets et puissants

Et dans ce désordre circonspect de ses désirs et des miens

Je nous ai fait échouer dans mes confins

Jamais plus confiant, de m’être trahi : faussement repenti

Du désir d’aller, me confronter à mes peurs, mes au-delà

Car elle déjà, par amour pour moi, elle avait dépassé les siens

Et dans la torpeur du lendemain, il n’y eut ni tropiques ni rien

De trop palpitant, et à peine du piquant

Depuis qu’en ces frontières je me fus résigné à me détourner

De l’obsédant qui comme une boussole ramène

Et ce jusqu’à trancher enfin dans toute cette énergie qu’elle avait fournie

Du tranchant d’une obsidienne, dans son vœu fourmillant d’une seule vie

Quand les pas et distances en font des millions

Comme on le vit bien au Sud de La Paz mais

Elle aurait sûrement trouvé obscène l’idée

Par laquelle j’en terminai, c’est-à-dire de ne jamais en finir

Avec la poésie du lointain, m’important autant que l’amour qui me retint

Pour un temps seulement, de repartir dans mes théorèmes

Là où elle ne voulait plus me suivre, d’autres mondes

Vers moi-même autrement dit

Jean-Marie Loison-Mochon

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