Questions d’à l’heure du thé | Preguntas a la hora del té | Nicanor Parra

Ce monsieur vague paraît

Une figure d’un musée de cire ;

Regarde à travers les rideaux déchirés :

Qu’est-ce qui vaut le mieux, l’or ou la beauté ?

Mieux vaut-il le ruisseau en mouvement,

Ou la mauvaise herbe figée sur le rivage ?

Au loin s’entend une cloche

Qui ouvre une blessure de plus, ou qui la referme :

Est la plus réelle, l’eau de la fontaine

Ou la jeune fille qui se regarde en elle ?

On ne sait pas, les gens s’en fichent

Construisant des châteaux dans le sable.

Le verre transparent est-il supérieur

A la main de l’homme qui le crée ?

Il se respire une atmosphère fatiguée

De cendre, de fumée, de tristesse :

Ce qui s’est vu une fois, déjà ne s’en revient plus

A être vu pareil, disent les feuilles séchées.

L’heure du thé, tartines grillées, margarine.

Le tout enveloppé dans une espèce de brume  

Traduction par Jean-Marie Loison-Mochon

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