Que dans une illusion
Il faut être au monde et à la fois à soi
Il faut être une seconde, dans les tressaillements d’une éternité
Une seconde qui saura émettre ou capturer la joie
Alors pourquoi être là ?
Et pas ailleurs, ici ou là-bas ?
Je te parle de ça, car j’observe l’attraction
Je ne te parle pas d’abstraction
Mais bien des villes, des lieux, des îlots humains et milliers d’yeux
Qui les composent, qui pour une raison, une autre
Ont choisi cet horizon, plutôt qu’un autre
Chacun à nourrir son monde au sein duquel évoluer
Chacun allaité par l’idée que nous sommes dans une éternité
Que nous nous savons éphémères mais chaque jour nous croyons dieu
Car la saveur n’en finit jamais, jusqu’à ce qu’elle finisse
Mais souvent ce ne seront pas nos yeux qui le verront, qui la pleureront
Et nous aurons vécu sur cette terre ronde avec l’idée de ne jamais pouvoir être vaincu
Alors je m’interroge sur ce qui nous fait graviter ici
En toute légèreté, à tel endroit plutôt qu’ailleurs
Telluriques autant que stellaires, voulant souvent rallier la mer
Littoral intérieur, allitération d’autant de vagues qu’il y aura de baigneurs
Dans les eaux du temps présent, réseau dont nous ne pouvons pas même soupçonner
L’immensité, la profondeur, les pentes empruntées par la courbure des heures
Et je suis ici dans ma ville, toi dans ta cité des Balkans
Je n’ai rien bu, je cours le sens des choses, les yeux rieurs
Même si le cours des choses me sème irrémédiablement
Il n’est pas d’opacité : nous ne sommes sédentaires que dans une illusion
Et je m’amuse à parcourir l’énigme, qui m’intrigue diablement
Pourquoi ici plutôt qu’ailleurs, pourquoi nous croisons-nous
Je crois en nos chances de parler, d’éveiller du sens, de révéler une clarté
Oui, de croître au détour d’un croisement, d’élever des monticules de notes et phrases
De ces choses qui s’effacent, aussitôt qu’on les oublie
Et dans ces choix de vie, d’espaces : qui se densifient sitôt qu’on les cultive
Comme une coursive du temps, un sillon sous pli : à ouvrir
Une lettre que l’on s’envoie, puis deux, puis trois
Puis voila un mot, des phrases, d’un bout à l’autre de l’Europe
Vieux continent disent-ils, qui pourtant n’a pas même la ride d’un nouveau-né
Face à la titanesque emprise du temps, dont nous ne sommes que de petits visages incarnés
Et je distille tout ça, évidemment sans trouver le secret de l’alchimie
Mais content de te partager une pensée dans un carnet
Ce qui en soi, est aussi un continent à habiter
Jean-Marie Loison-Mochon