Mon temps

« No desperdiciar mi tiempo »

Avant de te connaître, quelque temps avant

Puis à partir de toi, et avec toi

Je pensais qu’il m’était l’heure de renaître

Et d’en être au cœur d’un marécage

D’une éternité de mêlasse n’ayant rien à envier aux limbes

J’ai été visité par cet état, les nuits

Avant toi, avec toi, imbrications des temps ?

Visité je dis, car des choses me traversaient

Elles ne me réveillaient pas, non, elles me gardaient

Elles me regardaient dans cet état entre éveil et inconscient

Mon corps était ailé de larmes de sueur

Le froid puis la chaleur, même auprès de toi

En toi je cherchais l’alliée mais je crois, sans t’accuser

Que la nature de tes voiles se nourrissait de ce que j’endurais

Je crois, oui, que ton inconscient absorbait le feu du mien

Les flammes qui me blessaient, peut-être

Mais aussi les armes qui me laissaient me remettre

En temps normal, face au divin l’humain fuit

Auprès de toi je suis resté, j’ai duré ; enduré aussi

L’Ouest est un ailleurs où je vis à présent

Et j’avais besoin de lui comme de toi

De toi, que tu en viennes à prendre le soin

De me faire confiance et de quitter ce lieu sans confluence

Ce village aux rivages bordés d’un fleuve agité

Car je n’ai pas joint cette idée mais l’hydre était aussi

Dans ces heures des limbes dont je souffris

Que ce toit qui était tien exerçait sur moi un monde

De l’envers, de murs blancs mais en rien innocents

De la porosité de l’au-delà, ou de l’hostilité d’un genre de lave

Et là encore, ce n’est pas toi que j’accusais

Mais je reste persuadé que mon usure est venue de là

De cette lutte que j’ai suée à des heures de songe

Traversé, transpercé, rongé par ce lieu qui me drainait

Avec lequel j’ai lutté pour lui ravir sa reine

Avec laquelle j’aspirais à une vie plus haute et intense

Plus sereine aussi mais je ne l’ai jamais eue

Auprès de toi et surtout là-bas, l’angoisse était de toujours

On dit lâches ceux qui s’en vont, leur incante des maléfices

En des larges je suis, et aux malédictions je suis insensible

La peau de mon inconscient a trop sifflé, souffert, essuyé d’être cible

De ces appeaux quotidiens, jour et nuit

Dans cet endroit qui était tien et m’en voulait comme un esprit

Et d’esprit je relis le tien « ne pas gaspiller mon temps »

Et je pourrais relier cette phrase à notre réalité d’avant

Mais je ne crois pas non, m’être gaspillé auprès de nous

Bien que l’envers m’ait grapillé jusqu’à la dernière once de résistance

Que j’en sois parti, qu’il t’en soit né des semonces de haine peut-être

Tu serais pleinement dans l’erreur, comme souvent mais comment t’en blâmer

Tu prétendis que j’étais dans des errements, voire en perdition

Ce désert maintenant quitté, je peux affirmer que j’errais à ta recherche

Et que ce faisant, même aux heures des limbes et l’inconscient chauffé à blanc

Jamais je n’ai perdu mon temps

Jean-Marie Loison-Mochon

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