L’enfant du volcan | La niña del volcán
Tu m’as donc parlé de mort
Je ne pouvais que supposer, craindre
Je n’ai que respecté ces murs de silence tiens
J’ai tenu et à la fois cédé, sans feindre, j’ai écrit
Et sans fin je t’écrirais sûrement
Jamais avec toi cela dit je ne pourrais me reprocher
De n’avoir pas su oser, car j’ai mis tout mon poids
Pour équilibrer la balance de tes nécessités et désirs
Même si ce faisant, et cela m’est brûlant :
Dans le jeu des volcans communicants, moi-même
Je me suis déséquilibré, vidé, appauvri
Mais cela valait la peine, et mon magma je te le laisse
Je te le donnerais encore et ne m’en lave pas les mains
Dans ce monde d’aujourd’hui, cet au-delà nôtre et neutre
Mes paumes sont ouvertes et je t’invite à garder tes poignets
Intacts comme mes carnets, pleins de notre sang et d’intense
Mais sur la rancœur, bien fermés,
Eruptive comme tu l’es, le fus toujours
Je ne suis pas surpris que tu aies songé à fuir le futur
De tes explosions et nuages de cendres je me suis abreuvé
Si j’en détournais la tête parfois, ce n’était que pour les inspirer mieux et plus profond ensuite
Tu es la fille du volcan, comme dans ce chant
Et ce sont des paroles que mes hauteurs et profondeurs parlent aussi
Je ne veux pas que tu partes aussi vite
« Elle m’a dit si tu me quittes, je pars avec toi »
Je te le dirais aussi, dans toutes les réparties
De toi, même dormante il n’y a pas de repos
Il n’y a jamais eu de répit, j’ai toujours senti
Ta peau crépiter d’une vie furieuse et belle
Au contraire de beaucoup, je ne t’ai pas trouvée curieuse ou étrange
L’un vers l’autre je nous ai senti appelés
Comme de nébuleuses s’approchant, gigantismes
Des gouffres de nos vies, de là où dort ce feu
Je n’adore pas la fin, je pense qu’il ne faut détruire que pour créer
Mais je ne la crains pas et ne la préconise pas
D’autant que la mort est relative pour les êtres volcaniques
Et si je n’atteins pas le sens, je l’espère au moins par l’amour
Et toutes ces scories pas éteintes, souffles souffreteux de misère
Embellies et sulfureux élans : tout ça d’un vol clanique
Car ce qui brûle est ce qui brille
Et ce qui tousse de feu le fait aussi de beauté
En toi il y en a tant aussi, alors si tu te sens monter
Le désespoir que sous d’autres formes, par nous j’ai connu
Cette peau-là de tes pensées, je te demande de te l’ôter
Et cette peine commue-la, en venant me parler
Jean-Marie Loison-Mochon