Le triple souffle - Crépuscule d'un cycle - Jean-Marie Loison-Mochon

Le triple souffle

D’un Ouest à l’autre, ainsi va

Oui va, où extirper un fil

Car l’Ouest est un si labyrinthique endroit

Un cil puis deux, ont levé le soleil

Dans un œil puis deux, en droit de le coucher

A la nuit l’illumination de ces feux

Dans la nuit et ses doigts de fée

La si courte et si noire nuit

Labyrinthique endroit, à sinuer entre rêve et désir

Y courtiser le souffle et la voix

L’habit éreinte, alors le sommeil dénude

Et même au matin le soleil n’aura pas su, non

D’un Ouest plus au Sud, onde endormie

N’aura pas su lever les cils, même au matin

Les miens sont encore aimantés par désir

Les siens par des irréductibles rives, j’espère

En corps tous deux, ses rêves ou mon désir

En corps chez elle, de cet air qu’elle inspire

Un temps, puis deux, encore : à trois elle expire

Et moi j’extirpe un fil, dans ce matin encore nuit

Comme un Minotaure aux cornes étranges

Comme celles d’un Cortázar, qui les rangea poétiques

Qui dérangea le préconçu labyrinthique

Après tout en rêve, on est cousu du fil qu’on veut

Je m’amuse à penser que ses rêves sont un pré cousu

Un pré enserré entre des rives inconscientes

Et moi dans son dos, à dériver d’une étreinte

Moi ne dansant pas mais rivant mon fil sans teint

Dans le noir extirpant ce fil d’encre, elle expirant

Moi aspirant, à ce qu’elle inspire encore

A ce que son corps inspire encore un peu de rêve

Un peu de cette brève inconscience

Une contrée sans science ni règle

Brève inconscience, comme aiguillée par un fil

Un fil que je sens, un fil qu’elle tend, m’égayant

M’aiguillant de son sommeil à la page

Les guillemets d’une inconscience où les seuls soleils

Sont ceux qui se ferment et esseulent le fil

Qui inspirent, inspirent, inspirent

Ces soleils fermant la nuit, qui expirent

Soleils nommés rêve ou désir : ferments de nuit

En rien normés, dans ces îles qu’elle expire

En un fil formé, dans cette veille que j’étire

Elle inspire, je l’espère,

Elle expire, je dois filer

 

Jean-Marie Loison-Mochon

Crépuscule d’un cycle

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