Le triple souffle
D’un Ouest à l’autre, ainsi va
Oui va, où extirper un fil
Car l’Ouest est un si labyrinthique endroit
Un cil puis deux, ont levé le soleil
Dans un œil puis deux, en droit de le coucher
A la nuit l’illumination de ces feux
Dans la nuit et ses doigts de fée
La si courte et si noire nuit
Labyrinthique endroit, à sinuer entre rêve et désir
Y courtiser le souffle et la voix
L’habit éreinte, alors le sommeil dénude
Et même au matin le soleil n’aura pas su, non
D’un Ouest plus au Sud, onde endormie
N’aura pas su lever les cils, même au matin
Les miens sont encore aimantés par désir
Les siens par des irréductibles rives, j’espère
En corps tous deux, ses rêves ou mon désir
En corps chez elle, de cet air qu’elle inspire
Un temps, puis deux, encore : à trois elle expire
Et moi j’extirpe un fil, dans ce matin encore nuit
Comme un Minotaure aux cornes étranges
Comme celles d’un Cortázar, qui les rangea poétiques
Qui dérangea le préconçu labyrinthique
Après tout en rêve, on est cousu du fil qu’on veut
Je m’amuse à penser que ses rêves sont un pré cousu
Un pré enserré entre des rives inconscientes
Et moi dans son dos, à dériver d’une étreinte
Moi ne dansant pas mais rivant mon fil sans teint
Dans le noir extirpant ce fil d’encre, elle expirant
Moi aspirant, à ce qu’elle inspire encore
A ce que son corps inspire encore un peu de rêve
Un peu de cette brève inconscience
Une contrée sans science ni règle
Brève inconscience, comme aiguillée par un fil
Un fil que je sens, un fil qu’elle tend, m’égayant
M’aiguillant de son sommeil à la page
Les guillemets d’une inconscience où les seuls soleils
Sont ceux qui se ferment et esseulent le fil
Qui inspirent, inspirent, inspirent
Ces soleils fermant la nuit, qui expirent
Soleils nommés rêve ou désir : ferments de nuit
En rien normés, dans ces îles qu’elle expire
En un fil formé, dans cette veille que j’étire
Elle inspire, je l’espère,
Elle expire, je dois filer
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle