Le puits d’un continent, immatériel
Comment expliquerais-tu, toi ?
Qu’à travers les âges, les continents
On en vienne soudain ici, précisément ici
C’est-à-dire nulle part, à se réunir et se tutoyer
Je ne nierai jamais une rencontre, une entente
Crois-tu que nos vies se soient entendues au loin
Sur la terre ou à travers le temps, toi tu parlais
De vies antérieures, d’avoir une voix sylvestre
Quelles sont les racines alors, les ramifications
Les réseaux de sens, d’ondes et d’électricité
Les ondées d’immatériel, les eaux soudain faites limpides
Pour que l’intemporel décide de façonner une cité invisible
Depuis quelle Olympie tout ça se dessine-t-il ?
De puits divin, quelque temps avant une autre voix me causa
Elle chanta ses mots, pozo divino
Elle posa ces deux sens et moi de mes deux mains je plonge
Dans l’invisible liquide, celui-là qui destine ou guide à ce nulle part
D’où nous causons, lieu depuis lequel un fil a émergé
Un filin même, si fin, si fin, qu’il s’immerge souvent dans l’envers, dans l’oubli
Et nous voilà nulle part, mais rentiers d’une chose précieuse et immatérielle
Précieuse car immatérielle, illisible ayant choisi de nous offrir ce lien
Qui un jour soudain, sans but ni raison, sans ambition mais avec résonance
Nous a fait rentrer dans cette ville où seules deux créatures ont droit de cité
En clair, que ce lien peut à volonté
Faire d’un nulle part le monde entier
Soit, je crois, un feu tout humain
Mais tout ça n’est décrit que de ma main à moi
Cette entente ancrée depuis, sur un continent lointain
Comment l’expliquerais-tu toi ?
Jean-Marie Loison-Mochon