L’air de rien

Je me souviens de deux ou trois cocos

Je les revois sur cette banquette, américains

Etatsuniens faut-il dire, car en Amérique latine sinon

C’était fauter, or à raison

Mais ce n’est en rien démodé cette saison-ci

Qu’ils prennent de la place, jusqu’aux noms, et déblatèrent

Toutes les bulles d’air qui leur passent par les idées

Qui leur passent pour des idées

Et à cette heure de ce matin-là

Près d’une terrasse, à lézarder tous un peu

L’air des Andes, les eaux d’un lac immense

Bariloche les écoute de ses hauteurs, cherchant la profondeur

A bailler comme des corbeaux repus, de bières hier soir bues

Rougeots ou barbus, pas frondeurs : simplement imbus

A brailler une langue, la leur, aveuglés quant à celle d’ici

Cantate sonore et toute replète d’elle-même

Et nous, petite pièce ébahie

Eblouis par le soleil, la peau sauve de par une vitre

Ceux-là du drapeau savent mieux, disent en avoir rougi

Non de honte, sinon toute leur vie ils eurent agi autrement

De tout le vide d’un matin libre et lumineux

Ils remplissent le silence de vérités scientifiques

Le verre hydrate et laisse des séquelles certains lendemains

Véridiques éclats de voix, parler plus fort plus nombreux

Fait avoir raison : fétus de paille dans un vent d’illusion

Et j’observe deux filles des Pays-Bas, qui voient en eux non de la gouaille mais de la verve

Elles si hautaines et défiante avant, les placent-elles-si haut ?

Sûrement suis-je imberbe et sot, sur le chemin de cette virilité-là

Je préfère me faire buisson ou ruisseau, témoin silencieux

Même si dans des yeux voisins, nous nous sourions complices

Avec elle qui tente plus qu’un bruissement : des arguments face au bruit

De ces tout puissants débardeurs de sens, bûcherons dans des clairières harmonieuses

Désarmante elle est, de s’essayer à leur montrer autre chose

Que ce qu’ils pensent, que ce qu’ils croient

Que ce qu’ils amènent, que ce qu’ils trimballent

Et d’un bruyant emballement, imposent

Quand la brillance de cette heure dans la véranda

Peut-être demanderait-elle, comme cette fille qui s’osa des mots

De regarder moins sur soi et davantage les diamants à la fenêtre

De surseoir à parler pour rien, d’engranger le silence plein d’horizon

A s’inspirer du vent qui soufflait faussement du vide sur les eaux

C’est-à-dire sans lésiner, lui, sur le sens qu’il y a au naturel

D’être terrien entre la lumière et l’immatériel

Allumant un mouvement, qui nous aura éclairés l’air de rien

Jean-Marie Loison-Mochon

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