La poésie du temps qui pousse

En temps de gel, un être te parle par la terre

Par ces fleurs qu’il planta, dans leur autre vie

La sienne l’est aussi, en un sens

Dans l’artère du passé, que l’on prétend vide de présences

Mais n’y a-t-il pas ici plus de la magie que de la science ?

Léthargie fausse, de l’éternel qui a cueilli

D’un genre de ritournelle faite à l’absence

D’une main qui voilà dix-huit ans et plus, te tendit ces pousses

Et que du bout des doigts aujourd’hui tu peux

Effleurer, et en sourire plutôt qu’en pleurer

En épousseter le Temps

Par ces primevères qui flouent ses lois

Qu’elles soient de sous rigueur, de saison, de décennies à l’horizon

Ces végétaux n’ont pas de prix : merveilles offertes

A cette époque où ce qui est gratuit se dit sans valeur

Vois-leur le grade ultime : du plus précieux

A ces primevères que tu photographies et partages à ceux qui savent

La profondeur des racines, de ce qui se destine à toujours renaître

L’amour

Et même veille à sinuer de ci, de là, de par les cieux, de par le sol

Comme un passage aimant, et frondeur à l’égard du néant

De cet être qui te parle par la terre, et les buées froides de février

Sous cette preuve des plus manifestes, qu’il fait briller d’un éphémère :

Qu’il continue d’exister, bien au-delà des nues et pensées

Jean-Marie Loison-Mochon

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