En temps de gel, un être te parle par la terre
Par ces fleurs qu’il planta, dans leur autre vie
La sienne l’est aussi, en un sens
Dans l’artère du passé, que l’on prétend vide de présences
Mais n’y a-t-il pas ici plus de la magie que de la science ?
Léthargie fausse, de l’éternel qui a cueilli
D’un genre de ritournelle faite à l’absence
D’une main qui voilà dix-huit ans et plus, te tendit ces pousses
Et que du bout des doigts aujourd’hui tu peux
Effleurer, et en sourire plutôt qu’en pleurer
En épousseter le Temps
Par ces primevères qui flouent ses lois
Qu’elles soient de sous rigueur, de saison, de décennies à l’horizon
Ces végétaux n’ont pas de prix : merveilles offertes
A cette époque où ce qui est gratuit se dit sans valeur
Vois-leur le grade ultime : du plus précieux
A ces primevères que tu photographies et partages à ceux qui savent
La profondeur des racines, de ce qui se destine à toujours renaître
L’amour
Et même veille à sinuer de ci, de là, de par les cieux, de par le sol
Comme un passage aimant, et frondeur à l’égard du néant
De cet être qui te parle par la terre, et les buées froides de février
Sous cette preuve des plus manifestes, qu’il fait briller d’un éphémère :
Qu’il continue d’exister, bien au-delà des nues et pensées