J'cherche l'amalgamation - Jean-Marie Loison-Mochon

J’cherche l’amalgamation

Mon mouvement dessine des rivières

Dérive d’hier, sous l’argent des roues

Des rayons rivant l’élan pour n’former qu’un cycle

Non pour enfermer, non pour enfermedad

Mais pour en faire des dalles à mon ch’min

Car mon mouvement fait l’dessin d’une rivière

D’Argent, dont on dit qu’elle couve au moins ça d’plomb

Moi j’suis chat et j’vais dans la nuit, noire

J’suis chaque rayon sur les eaux couleur-chaos

Et chat crayonne, du mouvement dans l’eau plombée

Je n’ai d’plan B que moi-même

Alors je vais, j’me plante, comme un drapeau, un emblème

J’m’en vais de l’Ouest aux Plantes, noir ou blême

J’me vois seul au long des eaux couleur-chaos

J’m’en vais seul, j’suis mon propre vaisseau

J’suis ma seule flotte, dans l’air j’gravite

Et j’grapille de l’éphémère, m’éloignant d’l’océan

J’m’en vais jusqu’à l’os : en moi

Au long d’ces eaux témoignant d’mon reflet couleur-chaos

Car au loin j’saigne déjà, noir d’encre et désir

J’sais des jardins, un jardin, un genre de lointain

Au long d’la rivière d’argent, sauf de teint

J’suis sauf de rien, j’m’essouffle pas

Mais j’souffre un peu, pour extraire c’qu’il y a d’volcan en moi

Invoquant l’chat ou d’la lave noire

Je n’cherche pas à m’percher dans une fuite en avant

Je n’cherche pas à laver l’affront, le froid, la folie

Je n’cherche qu’à avaler la nuit, c’que son argent a de plomb

Oui : j’cherche l’amalgamation, par poison

C’qui est d’plomb m’est un genre d’médication

Et ces poids m’sont un genre de méditation

Je n’cherche ni mérite ni mes rives, dans la nuit

Je n’cherche qu’à m’éreinter, désamorçant l’numérique

De la nuit j’hérit’rai un monde, autre

Dans la nuit j’m’évit’rai le moins possible

Car j’suis les ondes que mon mouvement dessine

J’suis les eaux d’plomb ou d’argent

Je couve en moi bien du poison, et m’le destine

Je m’le destine à moi seul, pour amalgamer

Avec mon idée d’gamin qui n’est qu’d’aller

D’aller pour aller, de l’Ouest aux Plantes

Aller en sachant qu’il n’y a d’chemin, en homme ou chat noir

Qu’il n’y a d’chemin qu’celui qu’on emprunte

Car on n’est qu’île sur carte mouvante

Pourvu qu’le ch’min m’éreinte alors

Et que d’la main, d’la patte, j’me l’arpente

Et de l’Ouest aux Plantes, en moi

De Brest à Nantes, j’m’y laisse mon empreinte

 

Jean-Marie Loison-Mochon

 

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires