J’cherche l’amalgamation
Mon mouvement dessine des rivières
Dérive d’hier, sous l’argent des roues
Des rayons rivant l’élan pour n’former qu’un cycle
Non pour enfermer, non pour enfermedad
Mais pour en faire des dalles à mon ch’min
Car mon mouvement fait l’dessin d’une rivière
D’Argent, dont on dit qu’elle couve au moins ça d’plomb
Moi j’suis chat et j’vais dans la nuit, noire
J’suis chaque rayon sur les eaux couleur-chaos
Et chat crayonne, du mouvement dans l’eau plombée
Je n’ai d’plan B que moi-même
Alors je vais, j’me plante, comme un drapeau, un emblème
J’m’en vais de l’Ouest aux Plantes, noir ou blême
J’me vois seul au long des eaux couleur-chaos
J’m’en vais seul, j’suis mon propre vaisseau
J’suis ma seule flotte, dans l’air j’gravite
Et j’grapille de l’éphémère, m’éloignant d’l’océan
J’m’en vais jusqu’à l’os : en moi
Au long d’ces eaux témoignant d’mon reflet couleur-chaos
Car au loin j’saigne déjà, noir d’encre et désir
J’sais des jardins, un jardin, un genre de lointain
Au long d’la rivière d’argent, sauf de teint
J’suis sauf de rien, j’m’essouffle pas
Mais j’souffre un peu, pour extraire c’qu’il y a d’volcan en moi
Invoquant l’chat ou d’la lave noire
Je n’cherche pas à m’percher dans une fuite en avant
Je n’cherche pas à laver l’affront, le froid, la folie
Je n’cherche qu’à avaler la nuit, c’que son argent a de plomb
Oui : j’cherche l’amalgamation, par poison
C’qui est d’plomb m’est un genre d’médication
Et ces poids m’sont un genre de méditation
Je n’cherche ni mérite ni mes rives, dans la nuit
Je n’cherche qu’à m’éreinter, désamorçant l’numérique
De la nuit j’hérit’rai un monde, autre
Dans la nuit j’m’évit’rai le moins possible
Car j’suis les ondes que mon mouvement dessine
J’suis les eaux d’plomb ou d’argent
Je couve en moi bien du poison, et m’le destine
Je m’le destine à moi seul, pour amalgamer
Avec mon idée d’gamin qui n’est qu’d’aller
D’aller pour aller, de l’Ouest aux Plantes
Aller en sachant qu’il n’y a d’chemin, en homme ou chat noir
Qu’il n’y a d’chemin qu’celui qu’on emprunte
Car on n’est qu’île sur carte mouvante
Pourvu qu’le ch’min m’éreinte alors
Et que d’la main, d’la patte, j’me l’arpente
Et de l’Ouest aux Plantes, en moi
De Brest à Nantes, j’m’y laisse mon empreinte
Jean-Marie Loison-Mochon