Hija de la tierra | Fille de la terre
Fille de la terre, qu’as-tu su voir ?
Dans les oscillations du sol, dans les pulsions
Du territoire, de nos feux dormants
Tu te faisais si soudaine et brutale
C’en était alarmant parfois
Et si sereine comme la mort : précise et létale
Lisant l’état des limbes ou liant l’éclat
Des lambeaux de nos vécus, dans des fusions opportunes
Un matin, brillante, tu lus un de mes mots
Et ce sans l’avoir vu ni même être là
Précipité, que tu sortis à l’heure juste
Comme d’un œil laissé dans l’au-delà
Sortie ne laissant pas le moindre doute
Que ce que ma main peut moudre et tes regards
Proviennent d’une même cave tellurique
Que cette lave est commune et que dans cette chambre
Magmatiques, nous communiâmes
Avalés par la pression ou avalisés par les ramifications
De ces sols que nous foulâmes, pour une éruption à même le cœur
Précipité de couleurs, entre un cœur mauve et un cœur noir
Précipité de clameurs, au virage d’un soir crissant de puissance
Je relis le temps, je puise en silence
Dans les lignes de ce puits sans stridence
Dans ses grondements, son imminence
De l’advenu je ne minore rien
Ni le sens ni la portée
Même que je revois ! une route ou une avenue
Ou comme une âme et non plus deux
D’un seul magma, j’étais à écouter le son :
Laisse la vie voler
Que le soleil mourra, sous les cendres ?
Que le soleil renaîtra, sous décombres
Ecoutant, je pensais alors au vermeil des crépuscules
A la mort ou l’éveil des cycles
Et dans l’instant, volcanique tu surgis
Affirmant soudain m’être soleil, à distance
Précipité d’au-delà : projection de laves conscientes
Un firmament se lève, du sol il file en moi
Comme un magma félin, au mouvement sauvage et brillant
Enfuie ma main célèbre, fille de la terre
Ce que le mouvant des signes agite de questions
Ce qui d’éprouvant défie, d’errer dans les veines du volcan
Ce camp commun, cocon abritant nos poisons et joies
Comme un titan lançant en l’air des tisons, ses gloires
Jusqu’à nous rester en suspension dans les brumes
Rester en suspens jusqu’à la prochaine irruption
De l’encre qui écume, ou de la ligne qui est lue
Même à distance, des yeux d’une éruptive présence
Jean-Marie Loison-Mochon
Publication dans le cadre du Printemps des poètes 2025 | “Volcanique”