Faire la paix avec mes passés

« Hacer las paces con mi pasado ;

« hubiera » no existe -> « moverse »

Cœur noir sur table de jeu

Et les fissures recomposées ; féminines

Papier sur cuir, une croix au centre

Et puis il suffit, de babiller sans verbe

Sous verve d’encre, sous fuite des pensées

A recomposer des bris, la feuille observe les yeux

Tombés, comme d’un arbre aux ramifications innombrables

Le feuillage observe le mouvement des globes

Et déglutit, des éclats d’iris ou pupilles

Habillage d’inconscient : poésie ?

Ou, à l’envers des grillages et du sang

Une mise à nu, oser ici un défi

D’une remise au nous, à ce goût du jeu

Des jours, des nuits, comme un neuf à peine ancien

A pleines lampées syllabiques, d’un encens sous feu

Observant ce qu’ici la fumée abrite

Si l’habit des songes se défait, que les segments se défont

Est-ce qu’ils se défirent ? ces mensonges faits à soi

Feuille ici, tissu sans noblesse sauf à ce que

Des saphirs de sentiments y paraissent

Que des écueils de ressentiments s’y meurent

Paresseusement, et que s’y meuvent des sens

Au fil de la ligne, les péchés ne s’hameçonnent pas

Au gré du passage, des sensations si neuves et pourtant

Sous du chaloupé syllabique, à écoper des profondeurs

Ces choses les plus antiques, ces parts d’ombres sans contour

Le pardon et l’amour, sans physique résolution

En soi, la violence fait partie des passages sombres

De ceux qui départagent et font révolution

Le nihilisme épouse des courses et s’en sépare

Quand dans un archipel, il est bien rare que deux îles

Dans la soudaineté des paradis, la mort n’y soit qu’enfer

Quand il fallut annihiler la vie, qui n’était qu’enfermement

Quand encore, d’elle, la croyance est fervente

Qu’on y croie fermement, et les terres renaissent

Ces repaires, en soi, ne cessent de respirer que s’ils sont tus

Et cela peut-être est-il le pire pour un vécu

Et cela peut-être est-il pire encore, pour ce qui est à vivre

Cette course est un livre à établir

Elle est ta vie, la mienne, sombre histoire

Des trajectoires perdues qui à la nuit, savamment

Savent retrouver la sève et les oscillements

Du souvenir guidant sous lueur de lune

Sous clameurs d’étoiles, sens venir la dense ébriété

L’absence et les bris d’automne sont priés

Les pensées d’hiver sont-elles de ces songes à exaucer ?

L’absente est une ère, l’absinthe est lunaire

Le sang éponge ses marées, se ceint tout entier

Des erreurs et irrésolutions, des torpeurs et inactions

Si toi comme moi perdions tout repère ?

Deux paires d’yeux face aux triplés d’Orion

Sitôt commise, la joie se fait errance

Et des ronces à la commissure de tes œillades

Il n’est pas de mal à être épine, bien plus à être épique

A notre époque, que te serait d’être intrépide ?

Que de ce rêve conscient, bon ou mauvais

Tu renaisses, te relèves, cesses de renâcler à cet effort

Qu’est l’exil et qu’au plus fort de toi-même tu t’es promis

Toi, promise à l’éclectisme du toujours

Qui sous-tendue de tant de journées, t’es soumise

A tes nécessités, les laissant arbitrer tes velléités

De suivre et découvrir, quitte à te décevoir tu aurais su vivre

Il n’est rien d’équitable, il y a ce que l’on quitte

Et ceux que l’on rejoint, plus loin, plus libre

Le lointain n’est pas un petit village fait d’inanition

Lointaine, t’es-tu fait une raison, à cette mauvaise réputation ?

Au long du temps, il est du court, du bref, de l’éphémère

Il pourrait en être ainsi de ces répudiations

Ne s’enlisent que ceux qui répugnent à l’action

L’antipoésie ne peut te mentir, aurait dit Nicanor

Par là, prends Nord : Parra l’eut dit mieux encore

Puisque la poésie est une parade illuminée

Une parole pleine et creuse, où l’on puise ce que l’on peut

Où s’épuise ce que l’ombre ne veut pas

D’où ces plis : que le plus assombri des hymnes s’y révèlera clair

Laquelle des deux, entre l’obscurité et la clarté, est la rebelle ?

Il s’y rappellera, dans les travées des silences et consciences

De ces trouvailles, pourvu que l’acuité soit

A condition que le vulnérable écorne encore d’une soif

Dans des trombes de syllabes, laper au tronc ce qui palpite

Partir n’est pas le pire ; ne pas se retrouver peut l’empirer

A pied, en pirogue, à vélo, en courant : au train des intentions

Des traits font sens, ils s’articulent en phrases

Comme le lunatique des phases, qui croissent et progressent

Qui au sommet de l’éclat, croisent puis digressent

L’océan et la lune, l’ogre et l’ogresse

Sommés de s’aimer sans contact éprouvé

Quand pour véhiculer leurs caresses : des ondes

Des au-delà de pâleur, prises en des latitudes d’invisible

Un visiteur, ce soir, s’établit sur ces vagues

Désordre à l’horizon, qui sait ?

Qu’est-ce qu’imbriquent ces flous ?

Peut-être un briquet sous poudrière

Peut-être, qui court sur un chemin s’éclairant

Se claironne ici ou là ce que tu n’entends pas encore

Tel est l’écho auquel tu te refusas

Dans ce tellurique coma dont tu infuses à tort

Combat perdu, d’accord, si ta lutte se résume à rester

Lestée d’acquis, d’ors maigres et d’inertie de peine

On ne se remet guère qu’en refusant ce genre de paix

Si tu cherches à remédier, vraiment, prends par les routes

Dépêche-toi, d’être véhémente, véhément à cet état

A cette étale qu’est la traitresse surface de tes espérances

Que le surplace laisse lisse

Aussi, que ressurgisse la face véritable

Départ dont bredouiller des craintes, tambour des battements

Des pardons à te bafouiller, des amours perdues bêtement

L’amour et le pardon

Au sang bouillant, fais ta lave brillante

Léopard d’ombrageuses feuilles encrées

Quand l’ancrage ne se ressent qu’au gré, décisif

De ce qui est rencontre ou choc, croc-en-jambe des providences

Quand tout le reste est récif et tiède : nocif

Nos sifflements s’entendent-ils dans l’envers du monde ?

Senteur des sentiers enduits de passé

Sans te retrouver, tu ne peux rien

Sans te réprouver la haine, tu ne pleus rien

Que des éclairs hâtifs, des morsures rétives et peureuses

Pleure donc, au gréement des hasardeuses nuits dont tu te voiles

Ces toiles en toi ne sont pas des mouchoirs, mais un navire

Machinerie dont tu n’éventeras le secret du mouvement

Que si tu signes à ne plus te résigner : que tu situes cible

Nicanor l’a dit : prends ! par l’envers, l’antipoésie

Dépose ici ta gerbe sur la stèle du village

Et vomis tes troubles, et redouble de déluge

Des lunes, au nombre de quelques-unes, ont passé

Elude-les, et lis des sens là où s’écrivent des lettres

La houle s’est grisée en toi, la sens-tu ?

L’accentuation du délire : celui d’une délivrance

Délivre à ces distances l’énergie qu’elles méritent

L’absence est une nécessaire action, pour percevoir les présences

Or tu n’as qu’à voir, que les prises en ces lieux sont là

Elles sont larges, ni mur ni prison insondable

Un son d’à vous réveiller une mort, celles des crimes d’hier

Dessine et scelle ici de premières courbes

Décèle un signe, un autre, suis fièrement

L’intuition et de tes chaînes, défais-toi

Les fermoirs sont à ta main, comme le pouvoir t’est ferment

De ces étranges destinés : d’en faire faire mentir l’oracle

Faire montre de soi est une loi unanime

Et la lune anime les nuits pour voir plus noir dans le clair

D’une anarchique pluie de joie, d’un drapeau brandi

De celui, peut-être, qui dira : pardon, amour, désir

Dans le noir chacun lira ce qu’il souhaitait écrire

Or l’irrationnel est de ces régions qu’il te faut fréquenter

L’inaction elle, a de ces légions qui ne font que hanter

Alors à la nuit, au noir, au rêve, qu’as-tu en tête ?

De cocher mare au diable et sans dévier, t’oublier

Ou d’engager maraude, et t’irradier de vie ?

La raison a cela de pompeux qu’elle n’émet que dans un sens

Le sens a cela de honteux qu’il n’admet qu’une seule raison

En des rades on retrouve des êtres qui s’incendient

On dira d’eux qu’ils se perdent en des lignes obscures

Sur des radeaux de regards, prêts à dire adieu

Ou aux divinités de s’écarter, pour laisser passage

La serre est intérieure, l’asservissement est illusion

Des vanités t’écourteraient l’étendue de ces parages

Et c’est par rage et fureur qu’il faut fendre l’air

Les relents de fièvre, les relire « élans »

Les reliques des lances te serviront d’appuis quand sous fatigue

D’à-pics de plénitude en abysses de mansuétude : va

Viens à toi-même et « fais la paix avec tes passés »

Ces félins profilent des présents, qu’à toi seule profite la cime

Sous amour et pardon

Ces filins te présentent des villes où te blottir

Où tes plus viles vicissitudes s’en finiront de pelucher

La plus belle lanterne est cyclique

Grâce à elle, enterre non seulement les fins qui n’ont aucun sens

Mais aussi les oscillations faussement amies, qui te creusent sillons

De larmes, de rides : des bris de toi désarmés

Alors de toi ris et en ton âme, lève des armées

Seule ou ensemble, éphémère, désormais sèche-toi les yeux

Esseule le temps et va, pars, reviens

Dans l’instant, sache-toi désarmante

Jean-Marie Loison-Mochon

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