Dévote involontaire – à jeun de philosophie
Placardé « faites-le, simplement »
A tort et à travers, sur les corps,
Ces traînées d’étoffes ont ce slogan.
Crade et plat, ce verbiage vicieux.
Cadre creux qu’une peste se targue
De galvauder, contre pernicieux.
Ras-des-pâquerettes, son encart,
Contre-opération raccord, s’égraine
Au replat de sa poitrine : phare
Sans lumière, le médiocre aux rênes.
Etrennant « ne faites surtout rien »
La marguerite émarge à dévote
D’un consumérisme bien malin,
Travestissant les sentences fortes.
Les t-shirts floqués sont légion dans les rues de Budapest. Tout le monde semble avoir quelque chose à dire mais, ayant peur de le verbaliser, se le colle sur le torse ou la poitrine.
Il va sans dire que mon attention ricoche plus fréquemment sur des reliefs. Mais qu’elles soient scandées au féminin ou au masculin, les phrases, je trouve qu’elles sonnent souvent creux.
Mon fantôme a ce mérite, au moins, qui est que, lorsqu’il a quelque chose à dire, ses sifflements, d’appeaux en collines et de collines en cris, voyagent à travers moi, et soulèvent toujours un cône où se trouve un souvenir. Mais cela est bien abstrus pour quelqu’un qui ne les entend pas.
Et soudain, il y a cette fille qui arrive de derrière moi. Belle sculpture, qui a le mérite de se déplacer ! Des cheveux bruns lui tombent le long du dos. Je ne vois plus qu’elle dans la rue bondée !
Non pas que j’ai envisagé de faire quelque chose, mais tout à coup, je passe du feu curieux au froid déçu. Elle s’est retournée, j’ai vu ce qu’elle avait à dire, de face. La jeune femme de la rue de Pest veut contredire la marque et marquer sa différence.
Mais à jeun de philosophie, elle s’embarque dans le piège -barque funeste- tendu par l’habileté des firmes qui, usant des masques de la Vérité, font s’affirmer des oppositions sottes, ou s’afficher des différences communes à tous. Unicité siphonneuse…
Jean-Marie Loison-Mochon
Vulnérabilistan