Bs As Bariloche - Jean-Marie Loison-Mochon

Carnet noir – De Bs As à Bariloche

Ce Charly te contactera, probablement en passant par une fille, Elise. Dans les années récentes, je sais que nous avons déjà eu l’occasion de la croiser toi et moi, elle est à Lorient, à la Base. Je te suggère, pour ce sujet précis, de déchirer les pages ou de copier les informations. Il en va de notre sécurité, ça d’accord, mais aussi des suites du projet qu’ils mènent… en sous-main.

Je préfère te donner du grain à moudre car il te sera utile pour comprendre comment vous pourrez travailler ensemble, aussi pour pouvoir te garantir qu’ils sont des gens en qui j’ai pleinement confiance désormais. Ce Charly -c’est un surnom- si tu fais quelques recherches sur lui, il apparaîtra mort et enterré depuis six mois un an je dirais. Il est anglais mais a vécu la majeure partie de sa vie entre Brésil et Portugal.

Cette fille, Elise, est l’une de ses plus proches avec sa sœur Maria, qui jusqu’à il y a peu vivait encore à la Réunion. Crois-moi, tout est lié.

Ces gens possèdent une fortune prodigieuse et si je t’expliquais comment sur une simple page, tu te dirais que ton pauvre Jules avait perdu l’esprit bien avant que son rêve de disparaître ne s’exécute de lui-même. Pour percevoir leurs fonds… bon, peut-être n’as-tu pas besoin de savoir plus que ceci : ils mouillent avec des réseaux que nous ne voudrions en aucun cas avoir à côtoyer toi et moi. Tiens-toi à l’écart si jamais tu en apprends davantage, d’accord ?

Reste que deux fois durant ces quelques semaines loin de Brest, de juillet 2024, j’ai trouvé à les rencontrer en divers endroits. Je t’ai fait une infidélité sud-américaine, tu sais bien que j’aurais aimé y remettre un jour le pied avec toi. Avec le petit, qui sait ? Si mon rêve s’est bien réalisé.

La première étape a donc été Bs As comme je te disais. C’est via Rocio que l’entremise s’est faite. J’avais eu quelques contacts à l’origine via trois ouvriers des usines à Brest. Tout gravite autour de ce pont au-dessus de l’Atlantique, mais tu sais bien. Charly et les siens ont suivi un peu ce que l’on fait à Brest et le peu d’influence qu’on a, a dû nous servir. Ils se sont intéressés parce qu’ils ont un projet en Europe. Peut-être que nous ne leur sommes alors qu’une petite pierre mais on ne perd rien à se faire des alliés dans ce futur qui nous emmène.

Sans cet intérêt qu’ils ont eu pour nous, même avec l’oreille bien tendue, je suis sûr qu’on n’aurait jamais entendu parler d’eux, et ces ouvriers seraient restés des ouvriers. Je sais bien que c’est un peu notre lot commun avec LPH, de frôler des zones d’ombres ou de tout à coup deviner l’envers. Mais je n’en reste pas moins sidéré de voir des projets comme le leur m’apparaître. Combien de ramifications a la toile encore ? De ces mouvements et entités que l’on ne voit pas ? Y compris ceux que les états cachent eux-mêmes. L’état de tension des dernières années, à l’international, nous le révèle toujours davantage, on voit dépasser des pattes et tentacules, et des mains humaines qui jusque-là se prétendaient invisibles. Sur le côté lumineux, on nous montre la dissuasion, l’économie, quand de l’autre, sans même avoir à traverser l’Atlantique, tout est intimidation, violence dormante, à qui fera fléchir par une influence n’ayant rien à voir avec la liberté ou les valeurs que nos démocraties affichent. Nous nous trouvons encore sur les territoires qui dominent les autres. Mais pour combien de temps ? Une année, des mois ? Avant que les premières ombres abattent leurs cartes.

Si tout se met à tourner pour de bon autour de l’Antarctique, nous y voilà presque.

Le groupe de Charly a demandé un contact, Rocio a fait le lien, comme je viens de l’écrire. Elle n’est pas tout à fait de leurs sphères mais ni elle ni eux ne se considèrent dangereux.

La 1ère fois, j’ai vu deux types dans la zone de Chivilcoy, à l’Ouest de CABA. Puis un seul à Villa Parque. Les deux fois ils cherchèrent à me faire préciser qui j’étais. Si j’étais bien un possible intérêt. La 3e fois, Rocio m’a mené au métro Plaza Italia. Ce jour-là, j’ai rencontré Maria.

C’est alors qu’un voyage de plusieurs jours a débuté, vers le Sud. J’ai supposé que leur groupement voulait m’emmener sur une base reculée, qui sait même, rencontrer le haut du panier. Partout où nous sommes passés Maria et moi, j’avais l’ambivalence de cette sensation : que nous étions des vagabonds dans cette Argentine, et à la fois que nous y étions des rois. Nous passions inaperçus, voyageant de bus en gares routières, de Bs As à Neuquén. Puis San Carlos de Bariloche. Cependant, à chaque contact que Maria établissait avec quelqu’un, il apparaissait sur le visage en face un immense respect mêlé de crainte. Est-ce ça, l’espoir ?

Comme je te l’ai dit Aïda, ne creuse pas plus leurs activités que je ne l’ai fait. J’ai pu comprendre la crainte qu’ils inspirent autant que la ferveur qu’ils éveillent. Chez des gens de tout niveau ! Car en descendant à travers la pampa bien plus tard, nous avons fait escale dans des haciendas et ces gens-là, historiquement propriétaires de la terre et de toute la violence que sous-tend la possession, la propriété du sol, eh bien ces gens aussi… ils ne ployaient pas le genou, pas même les pauvres. Mais ils marquaient une déférence.

Je suis passé vite sur San Carlos de Bariloche : nous y avons passé 24 heures. J’ai pensé que le voyage s’arrêtait là, qu’il allait y avoir la révélation des visages.

Sur la hauteur dominant le lac, nous avons dormi dans une auberge de jeunesse. Je ne me prends pour personne, tu sais bien, mais nous nous fondions dans la masse des voyageurs et touristes. Ce qui ne m’enlevait pourtant pas la sensation que Maria comme moi nous étions… quelqu’un. Et nous sommes restés 24 heures ici car justement nous attendions de retrouver un autre quelqu’un : Elise, sa sœur jumelle. Nous sommes allés à sa rencontre un matin, vers le Nord, sur la route menant à San Martin de los Andes. Une fois Elise avec nous, nous avons repris Sud. Sûrement que tous ces morcellements et changements de direction étaient bons à diluer nos traces.

 

 

 

Jean-Marie Loison-Mochon

Bariloche - Carnet noir de Jules
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