Braises de Bs As

Les souvenirs sont vivaces, à date

Ils sont des herbes de feu, qui vrombissent

Qui sifflent toujours plus au jour exact

A saluer ici tel effort, tel courage, tel mouvement

A l’Ouest ? y filer et Sud avec ça

La gorge non pas nouée mais de l’agitation légère, d’alors

En m’élançant vers ce chemin qui n’était pas dallé

En mêlant sans trop penser, cet éclair de lucidité

A ce jour-là qui le vit concrétiser l’alambic

A ce jeu-là j’excelle souvent : me lancer sans savoir

Je suis mon ombre dans les couloirs

Oui, je l’incarne comme si sous fusion

Je me confondais avec le vouloir de mon inconscient

Dans l’incarnat magmatique

De ma volonté propre

Et par un vol de nuit, aventurier de l’immatériel

Je suis allé flâner de par ici, de par là-bas

Petit prince de mon néant, dans une ville capitale

Me relevant chaque jour, à plat ou vibrant mais toujours fier

De n’avoir pas capitulé, de ne pas m’être limité au plafond

D’une terre, mais de l’avoir percé, puis comme d’une projection

Comme cet ancien habitant de la galerie Guëmes

D’avoir pris par le ciel, et pour ma part sous pure impréparation

M’abritant sous une langue inconnue, et dans des bras volcaniques

Elle des plaines pourtant, de los llanos, mais pour cela peut-être

Elle-même peuplée del llanto de los vientos

Sans à peu près : de la lamentation des vents

Où de la lave nous monta, où mon temps s’enfuit par les stries

Des rues, des avenues, d’un taxi pris d’une moue empruntée

Qui jamais jamais n’est revenu, au pied de cet immeuble en feu

Les plus hautes montagnes peuvent être prises d’immobilité

Et dans ce prisme d’une crise, comme d’une ère glacière entamée

Notre Buenos Aires s’est figée là, s’est dédoublée

En un monde sans l’une, en un monde sans l’autre

Alors que des sentiers menèrent encore à ces cimes, emmenaient encore

A ces immédiates turbulences, à ces mille diatribes de puissance ou peine

Mais tout cela fut bien après cette date, ou alors voilà bien longtemps

Et qu’est-ce à dire, que ces mondes parallèles ne s’entendent plus ?

Quand toute brume au volcan n’est qu’un voile blanc, long filament

Fuite à moitié, éruptivité s’ébruitant pour deux

Comme une page qui s’humecte, le fil des amants

De Buenos Aires et d’un chaos, du volcan et d’une plaine

Mais ces bonnes heures comme les mauvaises fument de bien après

Cette date qui me souligne la cime laissée

Sous l’hymne souverain d’un désir invoqué, d’aller

D’un volcan qui n’a d’ailleurs pas besoin de calendrier

Pour me faire caresser son feu ou m’essouffler à l’évoquer

M’essouffler à rebalayer notre lande, d’un immense cendrier

D’un lendemain qui ne cessa ainsi jamais de briller

Jean-Marie Loison-Mochon

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