Vendée Globe 2024 | Jeudi 26 décembre 2024

Deux français qui bourlinguent et filent sur la voie d’une ambition

De Bougainville est loin, cette histoire-là est un autre espace-temps

Bien qu’au soir suivant la carto n’ait pas couleur d’une plante homonyme

Moins bougainvillier que d’un bleu vil et captivant

A tout le moins, captant les deux premiers qui se rassemblent en d’infimes décimales  

Au large de l’Argentine, de ces conditions qui vous boudent un voilier

Difficile ici d’employer la maxime de l’autre côté des Andes

Con todo, ¿si no pa’qué? puisqu’il n’y a pas ici de quoi se faire mal

Avec tout sinon pourquoi ? puissent-ils se l’utiliser bientôt

A mi-jour d’ici haut, la frontière bleu-vert ne donne pas son feu

A se faire la malle et repartir, vers la Plata et Rio

L’élan plutôt aplati, ou l’apathie pour les langues dissertes sur du vent

On n’est jamais sûr du temps, du repas d’après

Répit alors ? pour ceux ayant déjà eu entrée-plat, à plein

Le dessert Atlantique dessine pour l’heure un désert sans nuées

De quoi s’emmurer dans un peu de sommeil ?

De quoi saluer la zone d’exclusion, qu’ils ne verront bientôt plus

Les bateaux les plus rapides jusqu’à ce jour sont dans le vide, l’absence

Epatant délai comme pour s’enlever des épines de fatigue ?

Ou briguer quelques milles au près : à contrer les latences

Les lenteurs sont plus relatives à l’arrière

« c’est magique, c’est fantastique, c’est formidable »

La candeur n’a pas d’âge, les superlatifs en apanage

L’ancien se félicitant d’un jour plus malléable

Après avoir modulé ses toiles, il en dépeint ce qu’il put en faire

« ce matin on était sous spi sans grand-voile »

C’est-à-dire sans grande vigueur mais il s’est plu à le faire

« un empannage sous spi sans grand-voile » ou l’affaire d’une petite réussite

S’attendrir d’une manœuvre bien faite

S’entendre dire que l’œuvre a porté ses fruits

« c’était assez rigolo » puérilement bien réglé, au juste

Sans tension ou du moins celle qui s’est évaporée

Quand les vapeurs d’élan se redessinent au sillage

Le vent leur relance les dés, redestine sans cesse le maillage

Lui dans un groupe de quatre, entre Allemagne Italie et France

Dans le Pacifique en direction de là où il n’est personne

« tout s’est bien déroulé » et les roulis se font maigres à la surface

« dans ces conditions, c’est mer plate » : les meilleurs plats

L’attitude est bonne, la platitude absente du temps ou des propos

« là on va super bien » on va se perdre au beau milieu de rien

Puis « on vient d’affaler le spi » l’esprit un peu plus léger

Là l’onde va supprimer les pesanteurs et tout ce qui retient

On a des jours ou nuits où l’étouffant des maux revient par trop

Alors « quand ça se passe bien, autant le dire »

On entend le rire l’espace d’une ride

Les bris d’autres heures sont priés de se faire oublier

L’ébriété d’une joie s’esquisse et fait briller les yeux

Sous un ciel acier dans un soir qui se fait gris, aimable : et plié

Le peuple y est pauvre, en population

Alors il ponctue l’action de quelques paroles, pour habiter le bord

Lui l’habitué des heures passées sur cette course

A suivre sa trajectoire dans ce charriot glissant, filant

Chacun suit son étoile et le vieil ours n’en fait pas moins

Habitant de la première moitié du classement

A plus de la mi-temps, c’est une gaieté de soulignée, d’engrangée

Comme celle du troisième qui commentait son passage

« En regardant au loin je vois le Cap Horn » sous la ligne qu’est l’horizon

Sous des pâleurs ennuagées, assagi à l’idée de s’en ramasser trop

« je suis dans le dévent du Cap Horn » et au-devant de presque tous

Sauf deux mais « j’ai bon espoir que les éclaircies là-bas… »

Qu’il soit un brassin dément ou à siffler

Que « … ce soit un peu de vent » et l’espérance de maintenir l’avance

Ou de retenir le retard que l’avant s’est fait sur son dos

« en attendant j’en profite pour faire une inspection »

Sur son double : navire bancal pour un vol mais aux abonnés présents

A ce Cap, s’ils ne se font pas tancer, le débonnaire prévaut

« Dire qu’il y a des humains là-bas » ou des illusions cousues mains

Ce Sud fait espérer, mais bien moins habité que Bonne Espérance

S’y tromper valant toujours mieux que s’y tremper

Par des épées du ciel ou des mers, rançonnant le mouvement

Dans son Nord visé, le voilà l’intégrité sauve

Qu’en sera-t-il pour les huit fauves derrière ?

Qui s’ouvrent ce qu’ils peuvent, de cadeaux dans l’air

Le quatrième ayant comme repris 200, 300 milles

Des excroissances invisibles bien saisies et la saison change

Dans l’esprit, les deux suivants luttent, à vingt nœuds

Mais un vin durement obtenu, après des calices de défaveurs

A s’en souhaiter une ellipse ou voir revenir des listes de noms

De ceux dont ils n’avaient plus vu une ombre depuis des lustres

Preuve encore que si toujours en lice, toujours candidat sérieux

« ça fait plaisir de revoir la terre » disait l’autre

Bien que le Pacifique puisse décevoir ou atterrer

Tous ne lui attribueraient pas les mêmes adjectifs ou substantifs

Suspendus bien qu’attentifs et se donnant à tout va

Quand à deux vagues de là, un système vous séparera parfois

A Dieu Vat ! alors, dans une voie étalonnée par autre chose que l’effort

A guetter l’arrière quand ils se projetaient par devers la proue

Et talonnés comme à la guerre pour des râles en puissance

Voyant pourtant ce qu’ils ont pris de ralentisseurs

Des relents d’aigreur manifestes, dont le bruit s’embrume en dedans

On ne devance jamais mieux une déception qu’en l’acceptant, puis l’ignorant

C’est ainsi que l’ascète ne sent pas la privation

C’est un cercle vicieux qui s’engage ou se désagrège

Pour former un cercle vertueux, autour d’un pôle bientôt quitté

Oubliant les temps sans grâce et graissant les rails d’un regain

Les dents s’aiguisent même si les mâchoires restent creusées

A la merci du vent se faisant aidant ou pénible, à sa guise

Essaimant ses humeurs et semant quelque poursuivant

Effacement de quelques boursouflures à la toile

Puis soudain c’est un coup de bourre qui souffle ou hurle, un grain

                                                     une rengaine qui rend gai

Jean-Marie Loison-Mochon

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