Le reflet de l’ombre – LRDLO

Comme l'ombre d'un chaton noir - Jean-Marie Loison-Mochon

Longuement, j’ai mué. L’émotion se dissipait, l’émulsion aussi. De tout ce qui fit l’amorce. Et quand brûlée l’écorce, j’ai brûlé encore. J’ai bullé, bullé, en bord de mer. En dedans j’ai hurlé, mais le cri du confort était supérieur. No supé. Je n’ai pas su parfois, longtemps, me surpasser.

Avez-vous aussi un jour senti l’usurpation, dans cette vie ? Celle dont s’habillent tant, et celle qui vous habite aussi. A force de se conformer, on ne forme même plus un cocon, surtout pas une force. On ne forge que des habitudes, lames ne tranchant jamais les habitudes suivantes. Elles s’accumulent. Elles s’agglomèrent, se compriment. Elles restent à porter cependant. Chappe d’inertie qu’aucun chat noir aimant la nuit ne saurait supporter. Il y eut de belles villes, il y eut de belles joies. De belles îles, de belles fois à l’aube, au crépuscule. Mais à quoi bon s’user et fondre. La mort viendra bien assez tôt nous dispenser de tout ça, alors à quoi bon s’éroder ? En quelques années, je me suis métamorphosé. Le reflet de l’ombre. Combien de vies me reste-t-il ?

Ici je dresse le portrait d’un monde trop réel. L’espoir est la révolte, le lyrisme un chemin : il est une voie absurde, surpassant l’absurde moderne. A quoi bon gagner, gagner, gagner, si cela mène à se perdre ? A revenir chaque jour de la semaine à sa propre destinée, que l’on a cessé d’écrire et remise entre les mains d’on ne sait quel… ce n’est pas l’abandon. D’on ne sait quelle résignation. Et dieu sait qu’elle en laissera, des cicatrices, des plaies ne se refermant jamais. De foutus réflexes appris à force de docilité, de facilité, de tout à portée de main. Ce qui se trouve trop facilement atteignable est le premier des mirages.

A présent je suis le reflet de l’ombre et dans la nuit, je me fonds. Je ne suis plus ancrage, je suis un mouvement. Une errance souvent, des bras qui t’étreindront, aussi. Je m’éteindrai avec le jour, ou me teindrai de ces couleurs auxquelles les gens veulent croire. Il faut savoir s’effacer, pour briller à l’heure voulue. Alors je voile l’humeur noire à ceux qu’elle aveuglerait.

Bientôt pourtant, viendra l’heure crépusculaire. Il est presque l’heure, chat noir, de te réveiller au bas d’un immeuble, au pied d’un mur. Un œil en moins pour parvenir, qui sait ? A celui d’une poétique. Rien n’est apolitique, car tout est violence. Chat noir il faudra te lever, voilà l’évidence. La nuit se dévoile, la lune te gonfle. Sois le reflet de l’ombre ou quelque allégresse qui soit. Adresse les plus soyeuses des joies à ces âmes qui te serreront : qu’auprès de ta noirceur, elles se sentent les plus joyeux qui soient.

 

Jean-Marie Loison-Mochon

Le reflet de l’ombre