Tu es le reflet de l’aube. Le reflet de l’ombre, sous la couette endormie. Dans le ciel clair, à la fenêtre, on pourrait voir les cris des mouettes, mais non. Nous sommes dans la moiteur du miroir, qui de l’autre côté nous regarde, nous révère, tandis que les réverbères s’éteignent.
Les corps s’atteignent, les cœurs s’embrasent. Dans l’embrasure des reflets, le miroir t’éclaire de moitié. Demi-jour, reflet de l’aube, demi-nuit, reflet de l’ombre de minuit.
De nous il y a le spectre d’un parfum, d’un parfum argenté. Dans tes courbes il y a tout l’exotisme d’une mutine, d’une peau raffinée refusant la Nuit, d’une rétine refusant le Jour.
Une étreinte est un acte de piraterie. Car le pire arriverait, on n’y prêterait qu’un œil circonspect. C’est la cécité du feu, qui par de trop puissants éclats, aveugle. Il beugle dans les yeux, par la pâleur de ta peau, ce lit qui s’ouvre, ce livre d’amour, de diamants délivrés.
Le présent hulule dans l’Inconnu de l’heure. J’ondule dans tes soupirs, tu ensorcelles mes souffles d’un rire. Reflet de l’aube, reflet de l’ombre : mutinerie.
Tu souris en moi comme un drapeau noir. Tu me dis amant, je te dis désir. Nous dînons de l’anarchie du désir, car au petit matin, les repères sont confus. Au carreau de tes mains, le soleil s’affaire à me donner ta chaleur. Ils savent l’air, ces doigts dans mes cheveux. Eux flairent la saveur des caresses assassines.
Tu souris en moi comme un drapeau, noir de l’anarchie du désir. Tu souris en moi comme mes lignes s’amarraient au drapeau d’Argentine. Chamarrée tu soupires, et j’ondule. Je ris et la rue du port a le pourpre de tes joues, de nos jeux, de celui du crépuscule. Tu es le reflet de l’aube, le reflet de l’ombre. En moi ou au miroir, un genre d’aurore crépusculaire.
Jean-Marie Loison-Mochon
Le reflet de l’ombre