Le harem des étoiles en culottes

Le harem des étoiles en culottes - Jean-Marie Loison-Mochon - Le reflet de l'ombre

– Qu’est-ce que tu veux, à la fin ? Je peux prendre toutes les postures, je peux être le plus diplomate du monde, ça ne changera rien !

– Oui, il faudrait que tu changes de façon de voir les choses. Il faut que tu arrêtes d’avoir peur ! Il faut que tu te laisses aller…

– Me laisser aller ! Ne pas faire de ce que je considère une belle amitié, une historiette, qui plus est à contre-cœur, ce ne serait pas me laisser. Ou alors si, ce serait me laisser aller à faire n’importe quoi, sciemment.

– Tu vois, tu le dis « à contre-cœur ». C’est qu’aujourd’hui, tu te frustres. Il y a toutes ces femmes dont le désir gravite autour de toi, qui n’attend que de traverser ton atmosphère. Et toi, par respect, par lassitude, parce que tu es blasé ? Parce que tu es blessé ? Parce que tu as trop souffert, tu refuses.

– Allons bon…

– Si ! Et même, plus que tu ne refuses, tu déclines. Ton désir existe mais il pique du nez, parce que ta volonté le contraint, le contrarie. Par décence, tu t’interdis d’arracher des culottes et de mordre dans tes proies !

– Tout de suite, c’est beaucoup plus poétique…

– Mais de la poésie, il n’y en a pas que dans le désir inassouvi. Deux corps qui se parlent en produisent, de la poésie !

– Parce que je refuse de laisser espérer ces femmes dont tu parles, parce que je ne veux pas les avoir nues contre moi si ce n’est pour les blesser en partant peu de temps après, tu considères que je ne me « laisse pas aller » ?

– Mais tu frôles la pitié, dans cette histoire ! Ou dans toutes ces histoires qui ne vont pas à leur terme. Tu as pitié d’elles, de nous ! C’est un harem que tu as autour de toi, et tu ne touches aucune d’entre nous !

– La gravitation, les culottes, le harem… Tu fais dans l’image ce soir.

– Oui ! Tu as un harem d’étoiles en culottes, que tu peux toucher du doigt, au contraire de n’importe quelle étoile, et tu ne fais rien.

– Ta jalousie te fait gonfler les rangs de ce que tu appelles mon « harem ». Et puis, tu parles de pitié ! Mais pour moi, la pitié, ce serait de céder à faire semblant de vous donner ce que vous voulez, en sachant ne jamais vous le garantir dans la durée.

A ce compte-là, il faudrait aussi que je fasse preuve d’équité, et que je vous offre ce faux miroitement à toutes.

– Monsieur est un prédateur élégant, qui fait des manières. Tu nous as toutes à ta main, et tu ne fais rien, alors que tu n’aurais qu’à dire un mot ! UN mot !

– Mon mot, c’est : non. Et vous, est-ce que vous vous demandez ce que j’attends, ce que j’espère ? En partageant mon temps, mes pensées, mes ambitions, mes colères et mes tristesses, je me donne infiniment. Et vous, et toi, il faudrait surtout que je vous donne une vulgaire passe, une fois, qui prétendument nous libèrerait, vous, toi, moi, nous, nous tous. C’est absurde ! Vous ne voyez que votre besoin, quand le mien s’exprime haut et fort : amitié. Mais non, il vous faut l’étreinte, et la tendresse, et le sexe au plus profond de vos attentes. Alors que la profondeur, on se la procure déjà mutuellement, en se livrant en mots et en pensées.

– J’aimerais bien t’y voir, à notre place. Je doute que ce serait si facile, alors, de prendre ta posture et dire « ces miettes me suffisent ».

– Fais attention. Parler de miettes pour évaluer ce que nous partageons, ce que je donne de moi… Tu en viendrais presque à avoir du mépris.

– C’est toi qui nous méprises !

– Parce que je ne frôle pas vos cuisses ?! Non mais, dans l’époque que nous vivons, c’est quand même extraordinaire d’entendre des choses pareilles !

– Un jour, tu laisseras quelqu’un entrer dans ta vie…

– C’est un dialogue de sourds…

– Il suffirait que tu nous dises si peu… Tout changerait.

– Eh bien d’accord ! Je te le dis, je vous le dis à toutes : allons-y ! Je te laisse le choix du jour, de l’heure. Par contre, charge à toi de prévenir toutes les autres innombrables prétendantes qui composent mon harem. Pour l’aspect pratique, on verra bien sur le moment ! Même si j’ai bien peur que vous ne soyez vite très déçues.

– Oui, tu as peur… Et maintenant, tu deviens cynique.

– Le cynisme, ce serait de donner à croire que j’offre ce qu’il veut à quelqu’un, alors que je n’attends que ma propre satisfaction. Réattribue-le, ton cynisme, il ne colle pas à mon rôle.

 

Jean-Marie Loison-Mochon

Le reflet de l’ombre