Challenger de Brest 2025 | “His backhand is too good”
Samedi, les demi-finales du Challenger de Brest 2025 ont donné lieu à deux matchs aux scenarii distincts, laissant un léger goût d’étrange, avant que la finale de ce dimanche 26 octobre offre un spectacle à score ascensionnel, qui aura comblé le public venu nombreux pour assister à une victoire française.
Vers une finale Spizzirri – Gaston
La première demi-finale entre Francesco Passaro (Italie) et Eliot Spizzirri (Etats-Unis) a en réalité duré un set, le temps pour les deux joueurs de s’opposer dans un jeu de cadence-velours et duel de services, avant d’atteindre un tie-break qui aura en fait décidé du sort du match. Les spectateurs auraient pu s’attendre à ce que Passaro, ex-89e, fasse à ce moment-là cette légère différence mentale, celle-là qui distingue souvent les 100 meilleurs de ceux qui courent après les 100 meilleurs. Pourtant, les balles de set pour l’Italien ne furent jamais converties et c’est bien Eliot Spizzirri qui emporta ce tie-break 13-11, puis le match à la suite d’erreurs grossières et bois hasardeux du côté de Passaro en fin de 2e manche (7/6 (11) 6/3). Victoire ne laissant justement pas de place au hasard du côté de l’étatsunien qui, grâce à cette qualification en finale, dépassera son meilleur classement (103 alors) pour rallier la sacrosainte marque des 100 ce lundi 27 octobre : 100ème tout pile.
Dans la seconde demi-finale aux accents francophones, Hugo Gaston (France) a su écarter Alexis Galarneau (Canada) même si le public a été à deux doigts de perdre son poulain pour la gagne finale. Galarneau, qui avait terminé son quart de finale en 3 sets bien tard la veille, portait des renforts au niveau d’un genou et pouvait même sembler hors de souffle ou emprunté physiquement par instants. En réalité, il ne lui aura pas manqué grand-chose pour vaincre le favori local, Hugo Gaston, que les speakers n’auront eu de cesse d’introduire toute la semaine par ses faits d’armes, à savoir sa victoire sur Alcaraz à Bercy et sur Wawrinka à Roland Garros.
Une rengaine des observateurs consiste à dire qu’Hugo Gaston brille ainsi toujours davantage sur sol français, et au-delà de sa finale au Challenger de Roanne début octobre, peut-être même sur sol breton puisqu’il s’était imposé en septembre au challenger de Rennes (justement contre un Wawrinka passé quadragénaire) avant de se qualifier pour la finale brestoise samedi. Le match contre Galarneau aura pour le moins été décousu, émaillé d’erreurs inhabituelles, aucun des deux joueurs n’évoluant à son meilleur : telle est ici la définition d’une partie au couteau, peu rythmée, âpre, c’est-à-dire où seule la victoire compte. Une séquence tactique peut illustrer les errements ici donnés à voir, quand à plusieurs reprises Hugo Gaston servait extérieur côté avantage –service du gaucher pour les amateurs de marronniers- recevait un retour plutôt neutre sur son coup droit et plutôt qu’enfoncer le clou en contrepied dans la diagonale où il avait servi, ou tenter une amortie devant lui, remettait une balle à peine bombée sur le coup droit de Galarneau. Presque systématiquement ce fût le Canadien qui remporta ces points et jusqu’à penser qu’il en serait de même du match quand il mena 3-1, balle de 4-1 dans le 3e set. Avec un certain appui du public, Hugo Gaston inversa pourtant la tendance pour s’offrir une nouvelle finale du circuit secondaire.
Score ascensionnel en finale
Ce dimanche 26 octobre, Eliot Spizzirri et Hugo Gaston ont longtemps donné à croire que la finale serait courte et sans relief, tant l’étatsunien a marché sur la première partie du match alliant justesse, grâce, constance et concentration pour atteindre 6/2 2-2 et presque finir de refroidir la salle pourtant comble de la Brest Arena. C’est d’ailleurs ce sentiment d’impuissance que plus tard dans ses mots de discours, le maire de Brest a traduit, plaisantant qu’à cet état du score, il n’aurait pas parié sur le français. Hugo Gaston ne semblait en effet pas montrer une révolte particulière face au niveau de jeu et de détermination d’Eliot Spizzirri. L’une des séquences pouvant donner à voir un peu d’impatience ou d’imprécision tactique, et illustrer cette première partie de match, aura été ce revers bout de course de Gaston qu’à plusieurs reprises il a tenté et raté d’une trajectoire rectiligne au milieu du filet, plutôt que de relancer d’un rond neutralisant son adversaire et rebattant les cartes du point. Il n’aurait d’ailleurs pas spécialement eu à craindre de montées à contretemps de Spizzirri, mais de la même manière qu’il a manqué certains coups pourtant naturels pour lui dans le petit jeu : il n’y était pas, ou pas encore.
Pas encore, mais avec peut-être en tête leur seul affrontement passé, au 2nd tour des qualifications du Master 1000 d’Indian Wells cette année, quand il n’avait laissé aucune chance à Spizzirri, d’un cinglant 0 et 1. C’est peut-être cette expérience passée ainsi que sa confiance accumulée qui ont même fait sourire Gaston par instants, quand assis sur son banc et pourtant mené, le public a pu le voir plaisanter avec son clan.
Loin de quiconque toutefois l’idée selon laquelle Hugo Gaston aura laissé défiler le 1er set de bonne grâce. Au service sur cette première manche, Eliot Spizzirri a évolué à 100% de points gagnés en 1ère balle et 86% en 2ème, de quoi verrouiller un 6/2 sans discussion. Si son taux de première balle s’est maintenu entre 55 et 65% toute la partie, c’est bien du côté du retour de Gaston que les événements ont commencé de tourner à 2-2. Peut-être y a-t-il eu un spectateur dans la Brest Arena pour évoquer le scenario de la gagne : à 6/2 2-2, s’imaginer que Gaston parviendrait à s’extraire d’un mauvais pas au score sur son jeu de service, puis réchauffer le public d’un ou deux points flamboyants et complètement inverser le cours du match.
C’est bien ce qui s’est produit, quand le français s’est efforcé de remporter son jeu pour un 3-2, puis breaker en emmenant le public avec lui (4-2), confirmer le break et même s’offrir le double break en fin de 2e manche (6-2 2-6). Une statistique pour illustrer ce 6-2 inversé ? Les seulement 25% de points gagnés par Eliot Spizzirri derrière sa seconde balle, démontrant la pression mise par un Hugo Gaston placé dans des dispositions bien différentes.
Après une longue pause entre les 2e et 3e sets durant laquelle Spizziri est sorti du court en s’agaçant à plusieurs reprises auprès de son coach, le match n’a plus changé de dynamique. Pour autant, il faut souligner le type de tennis qui a permis à Hugo Gaston de sceller sa victoire dominicale brestoise. Le président de la Ligue de tennis de Bretagne Pascal Piriou a d’ailleurs eu quelques mots en ce sens, pointant le jeu différent et l’intelligence tactique du français. En effet, si Eliot Spizzirri a continué d’alterner les temps à s’énerver et à s’encourager à coups de Let’s go ! Come on man ! c’est bien par l’influence du français et son jeu au goût de poison insidieux que le virage s’est opéré.
Après les quelques points enflammés du milieu de 2e set, Hugo Gaston a surtout joué à conserver un genre de torpeur à l’échange avec des balles sans vie au milieu du court, des slices en coup droit, amortis mais ceci en n’oubliant pas de dérouter Spizziri par l’exact inverse, avec de nombreux services gagnants, quelques ace autoritaires et des banderilles en retour de seconde balle, par exemple revers. De son côté, le nord-américain s’est évertué sans succès à toucher la zone extérieure côté avantage sur ses premières balles de service, semblant à tout prix vouloir éviter le revers de Gaston. Le pourcentage de points remportés par Eliot Spizzirri derrière son second service ? de 86% au 1er set à 25% au 2e set, il est tombé à 19%. Cette statistique montre l’asphyxie opérée par Gaston au fil du match, qui s’est grandement appuyé sur le public pour maintenir cette trajectoire, public qu’il n’a pas oublié de remercier pour cela lors de son discours final. Au final, la gestuelle très propre en fond de court d’Eliot Spizzirri et ses prises de balle montantes n’auront pas pu résister à la désorientation semée par Hugo Gaston, qui s’est imposé 2/6 6/2 6/1.
Débrief en gare de Brest
Croisé à la gare de Brest sur les coups de 19h et un peu redescendu de cette séance d’essorage à la Brest Arena, Eliot Spizzirri a expliqué qu’il se souvenait de leur précédent affrontement « il m’avait détruit la première fois » et que lors de la finale, il a insisté en 1ère sur le coup droit de Gaston, quitte à s’embourber dans l’erreur car « son revers (à Gaston, NDLR) est trop bon. Et puis c’était la stratégie aujourd’hui. Globalement je n’ai pas assez bien servi. » Pour autant il savait à quoi s’attendre avec le jeu d’Hugo Gaston fait changements de rythme « on sait que son jeu est comme ça, avec variations, effets mais voilà, c’est une expérience et il faudra apprendre de ça. » et explique le revirement de situation en début de 2e par « le mental, le momentum qui change ». Malgré cette défaite, Eliot Spizzirri repart de Brest en tant que nouveau top 100 quand bien même la valise aura été un peu alourdie du score des deux derniers sets.
Thank’s for coming & exception française
Un peu d’amertume légitimement emmagasinée aussi pour le nord-américain de par la lourdeur (ou le faible niveau d’anglais ?) d’une phrase d’un sponsor lors du discours de la cérémonie, qui après s’être satisfait de la victoire d’Hugo Gaston et avant d’embrayer sur un satisfecit relatif à son entreprise, a lancé un bref « thank’s for coming » à Eliot Spizzirri, qui se traduira moins par « Nous te remercions d’avoir fait le voyage jusqu’à Brest » que par « Maintenant rentre chez toi mon gars ». Pour les anglophones, tant sur le court et à lire les moues des présents que dans le public, un léger frisson a figé l’assistance. Avec classe, Eliot Spizzirri n’en a pour autant rien montré au moment de lui-même prendre la parole, remerciant l’organisation et les bénévoles, soulignant qu’il n’y aurait pas eu une telle foule pour une finale de Challenger dans son pays, et que cela montre la culture pour le tennis en Europe, et dans le soutien reçu, le respect pour les joueurs. Là aussi, l’anglais aura péché dans les oreilles du speaker puisqu’à peu près rien de ces mots changeant des habituels discours lymphatiques n’est sorti au moment de traduire. Le micro, la voix et le col blanc ne faisant pas tout, peut-être Hugo Gaston aura-t-il voulu taquiner le chauffeur d’ambiance en commençant par un peu d’anglais pour féliciter son adversaire, puis a lui aussi eu des mots pour l’organisation et ses bénévoles, les ramasseurs, jusqu’à plaisanter en se tournant vers les juges de ligne « parfois on s’aime, parfois on ne s’aime pas mais c’est une bonne chose d’avoir des juges de ligne » faisant référence à la robotisation de l’exercice sur l’immense majorité des tournois du circuit principal sauf… à Roland Garros par exemple.
Jean-Marie Loison-Mochon