Before you slip into unconsciousness
I’d like to have another kiss
Another flashing chance at bliss
Another kiss, …
T.D.
[Angella]
26 août 2014
« Madame Trøm, votre nom il cache quelqué chose ? »
Je revois bien son petit regard joueur, le sourire en coin. Ce n’est pas comme si on ne me l’avait jamais faite ! Mais tout de suite, c’est ce qui m’a accrochée, avec son drôle d’accent gauche. Comme quoi, la première impression, ça ne vaut parfois que ce que ça vaut. Regarde-le maintenant, qui ne sait plus quoi faire de toi. Touche-moi, bon sang ! Saisis-moi ! De tes mains, serre mon cul ! Non… Tu ne fais que le caresser. Tu es un doux, un doux rêveur sûrement. D’où les jolis mots…
« Mon nom ou mon prénom ?
-Oui, pardon. Pas Trøm, Angella. Vous savez, c’est pas facile des fois, faire la différence entré les mots : nombre, apellido[1], nom, prénom. Angella. Vous permettez qué je vous dis Angella ? Genial ! No me gusta mucho, lo del formal l[2]… Angella, ça cache quelqué chose? »
De quoi as-tu peur ? Je me demande toujours quelles femmes ces hommes-là ont connues avant. N’ont-ils jamais cédé à eux-mêmes, ou est-ce leur façon de le faire ? Ou peut-être est-ce moi… Moi et mes envies d’eux, de les sentir devenir des ogres capables de me briser. Peut-être que c’est ça le désir, le truc qui te fait te liquéfier, te raidir, et que tu n’obtiens jamais. Sur le chemin tu atteins autre chose et c’est déjà très bien… Mais s’il te plaît, bel étranger, montre-moi ce que tu as de latin en toi… Mords-moi le ventre ! Fais-moi voler ! Contrains mon corps à ne pouvoir aller que contre le tien ! S’il te plaît ! S’il te plaît, ne me fais pas te supplier, fais-moi… Non. Non, on dirait que tout est latent en lui.
« Angella ? Et qu’est-ce que ça pourrait cacher ? »
De mon plus grand talent d’actrice, j’ai vraiment fait comme si jamais personne n’avait tenté ça. Mais ce petit sourire, vraiment, je voulais l’avoir contre ma bouche, dans mon cou. Petit homme du Sud ! Ce sourire, tu l’as encore là sous moi. Allez viens, suis-moi…
« Eh oui ! Angella, como un ser del paraíso[3], un être dé paradis. »
Bon, c’est vrai que dans cette langue, on ne me l’avait jamais faite.
« Jé veux dire… Souvent, quand on appelle quelqué chose d’une manière donnée, c’est pour cacher ce que cette chose est vraiment. Êtes-vous un ange, ou autre chose en realidad [4]?
-Une chose ? Vous savez parler aux femmes vous !
-Non ce n’est pas cé qué je vou…
-Voilà ce que je te propose : tu veux savoir si je suis un ange, une chose, ou otra cosa ? Bien. Alors on se dit cette nuit, 00 heures, l’hôtel Los Galgos. Ça te parlera n’est-ce pas ? C’est rue des malouines. »
Avec ma provocation je pensais qu’il relèverait mais non, rien. Vient-il vraiment de ce pays ? Rien, il a paru insensible à la chose. Un peu comme là. Bon, dans le noir je vois quand même ce petit sourire, par la lune. Il ne doit pas tout à fait s’ennuyer. Ou alors, c’est qu’il est poli ? Et il sourit. Sois-moi impoli, mon Argentin… Montre-moi le feu de ta terre ! Non… pour l’instant je n’ai vu que de la fumée. Un peu comme la brume tout à l’heure, quand il a eu l’air troublé de la proposition.
« Euh… Les malouines ? Jé connais pas mais… D’accord, jé trouvérai. Jé suis curieux dé voir ce que cache « Angella ». Et cette robe jaune qué vous portez…
-Ah ça… Pour savoir ce que cache Angella, peut-être qu’il te faudra me l’enlever, tu sais ? Podes decirme vos [5] maintenant. Puisque tu acceptes notre minuit, je te donne le droit de me tutoyer… »
Je lui aurais bien enlevé sa ceinture à ce moment-là, avec ses « j » chuintants. C’est bien moi ça, à m’exciter toute seule pour des détails. Quand je me suis approchée, peut-être que je lui ai mis trop de pression d’un coup, au fond. A faire courir ma main de l’arrière de sa hanche à sa ceinture, et descendre et… Tu m’effleures trop ! Touche-moi ! N’imite pas mes gestes de tout à l’heure ! Tutoie mon corps, dis-lui vos ! Bois-moi comme à la paille, por dios ! Eh non, encore… Si doux, si souple… Si lointain.
Allons Angel’, tu ne danses pas seule, et lui non plus. Ce que l’on ne peut te donner, prends-le.
Sens-tu, Julio ? Ma main qui s’enfonce en toi. Je pourrais presque saisir ton cœur. Je pourrais l’arracher, ou le caresser du doigt. Sens-tu ma main ? Ta gorge, je pourrais la priver d’air. Je veux te serrer… Ah… Ce sourire. Ton petit sourire redouble de luisance. On dirait le croissant de lune là-haut. Eh bien ? Je menace de te prendre le feu et tu souris ? Mais tu ne fais que ça, sourire. La belle image, n’est-ce pas ? Alors laisse-moi prendre de toi les morceaux que je désire. Tu finiras cette heure en ruines, en lambeaux de lune. Sens-tu mon poids ? Sens-tu la pesanteur de mon désir ? Exerçant sa pression sur toi. Moi… oh, moi… J’ai beau danser seule, cette friction lancinante n’a rien de faux. Elle monte en moi. Et plus je te presse, plus je m’enlève le droit de m’écarter de toi. Tu es si loin dans ton sourire, et maintenant si loin en moi aussi. Petit paradoxe sous la lune, pájaro [6] de lumière dans ma nuit. Tu es si loin. Je me ferais presque mal de toi ! Mais ce mal m’est nécessaire, ce frottement m’obsède. Je serre ta gorge, je lacère ton torse et toi… ? Toi tu souris.
A force on dirait de l’insolence, la petite flamme d’une bougie qui s’affaisse, s’affaisse mais luit ; elle sourit, tu souris à mesure cependant que tu t’amenuises. Je te sens riper, forcir, seul ton sang bout sous la lune. Peut-être, mais la marée me porte. Je te veux plus fort. Oh ? Quelle est cette main que tu bouges enfin ? Aïe ! Pourquoi serres-tu mon poignet ? Et toujours, toujours en souriant. Te réjouis-tu de ma douleur ?
« Dejame vivir un poco más, por favor[7]. Le temps dé te voir vraiment nue »
Très bien, je libèrerai ta gorge. Mais… Je me sens contrariée. Nue ? Tu ne pourrais pas me voir plus que ce quartier !
Ecarte mes seins, oui, serre-les ! Non… Tu n’es pas du genre à obéir. Alors qui es-tu Julio, si tu n’es pas que ce sourire inerte, mais pas non plus la fougue que je demande ? Dans la fugue de mes fesses, sens-tu le retour de mon corps ? Moi je sens le tien, si près. Ton sourire te montre en dedans mais tu te perds de corps dans les dédales de moi. Croissant, quartier ? Comme quoi, je n’étais pas si loin d’un état second à l’instant. J’ai dû confondre la lueur en fondant sur toi. Je me veux lave et me relève. Je me veux volcan et abats le claquement de ma peau. Sens-tu le danger à s’escalader ainsi ? Non. Tu souris. Qu’il est étrange ton sourire, à rallumer mon ennui ! Autant que mon désir de te l’enlever.
Mon esprit me reprend, je comprends. Ce qui m’a fait voir un croissant, c’était ce petit bateau de cristal, reflétant la lueur qui le traverse… Comme ton sourire qui me parcourt. Quoi, tu voudrais que je t’embrasse ? Alors vas-y, force. Allez, force, petit bateau de cristal. C’est tout une ironie, qu’il soit posé sur cette cheminée condamnée. Moi, le suis-je ? A ne devoir subir que ta tendresse ? Dans ta langue, subir signifie pourtant autre chose, n’est-ce pas ? Tu as bien voulu atteindre cet étage alors montre-moi !
Enfin ! Ta force, un peu… Mon dos se voûte, je n’ai pas le choix. Bien. Ne me donne pas le choix. Ton doigt ? Au bord de ma bouche. Ma langue, tu veux ma langue ? Laisse-moi descendre de mes éclats, alunir sur toi. Ma langue contre ta langue. Jouons au cyclope, c’est ça ? Je pénètre ton sourire. Ton désir est ainsi par deux fois en moi. Est-ce l’étincelle ? Mon dos, même si je voulais le relever, je ne pourrais pas. Allons, vas-y ! Bouge mes hanches, relève ton bassin ! Ton sourire n’en fait rien… Laisse-moi te montrer alors. Me sens-tu remonter, onduler ? Je te sens, je me sens glisser, comme si ta raideur répondait à ma courbure. Mais tout cela n’est que fiction, n’est-ce pas ? Ce ne sont que mes mouvements, mes intentions… J’aimerais que nous fassions de cette chambre un orient de nocturne ! Mais tu ne m’aides pas.
Pourquoi es-tu venu ? Passif, petit pájaro passif, comme sous un vent patagon. Tu as toutes les forces qu’il faut pour voler pourtant… comme ce bateau de cristal dont on dirait qu’il a toutes les énergies et chaleurs nécessaires pour voguer. Mais comme toi il reste sous moi, condamné sur sa cheminée.
Le quartier là-haut oscille un peu, ta langue aussi, abordant le bocage de mes lèvres. Livre-toi ! J’en veux davantage ! Tu n’es pas assez face à la violence de mon impatience. Montre-toi ! Tu n’es qu’un sourire.
Dans notre parallèle, je sens ta courbure dans mon ventre. Mais cela n’a rien à voir.
Avec quoi ? Avec ce que c’était avant, il y a longtemps. Ne peux-tu pas m’aider dans ma recherche ? Ces tempêtes de dédain, ses refus de tout partage, ses heurts sur moi. Ne peux-tu pas ? Donne-moi un peu de ta violence, de sa violence, même à tout petit pas. Un tout petit peu de ça dans ma nuit, mon égoïste nuit ? Non, tu ne peux pas. No es la verdad ? [8]Que veux-tu, toi, en fait ? Tu me donnes l’impression de faire durer, dans un ronron paresseux de tes sourires, de mon désir.
Sais-tu ? Puisque je ne peux pas avoir ce que j’espérais de toi, que tu ne veux pas écorner mon image ou ma dignité… Oh… Si. Ouvre-moi un peu au ciel ! Oui, comme ça !
« Oui comme ça, tus manos… me abren[9]. La nuit nous regarde, me regarde. »
Quoi ? Pourquoi t’arrêtes-tu ? Es-tu si capricieux aussi ? Que je te dise des mots de désir te…
Et voilà que tu retombes dans tes caresses. Ce lit, qu’en fais-tu mon pauvre ? Ne nous ensevelis dans une tombe de paresse !
Si tu ne veux pas me contrôler, de ma dignité, alors laisse-moi prendre des parts de la tienne. Ta bouche, je veux ta bouche. Laisse-moi me relever, m’élever sur toi. Laisse-moi m’avancer. Regarde au miroir, la grande ombre que nous devenons !
« Tu boca, por favor, [10]donne-moi par ta bouche. »
Toco tu boca. Je m’avance, je glisse un peu sur toi, m’affaisse. Je touche à ta bouche, tes lèvres me le rendent. Saisis-moi, oui, maintiens-moi, je te le rendrai. Lui ne le faisait pas. D’ailleurs, il m’aurait dévorée, déchiquetée. Les puits de sang font des ivresses de mort aux hommes.
Sens-tu la puissance de ma vie, l’Argentin ? La vue vaut le coup de là-haut, tes beaux yeux d’éclats châtains, grisés par le noir, et le cristallin de ce petit navire figé dans la nuit. Je me sens gonfler ! L’appui à ta tête, mes mains dans tes belles boucles. Tes mots ont l’accent de mon corps ! Permets-moi de majorer l’excès.
Ma main court sur ton abdomen. Je dois quitter la verticalité de nos regards, obliquer à peine, surajouter. Je le savais. Je comprends peut-être mieux, que ton désir est un reflet du mien. Il l’aspire comme la Lune le soleil. Ma main te parcourt, je te maîtrise. Cela je l’avais parfois quelques secondes, en prémices à ses accès de lui-même. En prémices à la violence, j’avais le droit de m’en emparer.
Bien… Peut-être tout cela pourra-t-il le faire émerger en toi ? Je veux tousser de nous, de toi. Laisse-moi basculer à mon tour, retournons cette chambre et mon corps. J’étais une arche, je suis un pont.
« Te gusta así ? [11]Mon bel Argentin. Te gustaría que yo tam… [12]?
-Sí. Tu me plais, dé la tête aux pieds. Je veux té voir nue, toute entière. »
Alors vois. Bois-moi encore s’il te plaît, fais peser tes mains sur mon dos ! Tocas mi boca, mis labios[13].
Tu m’es insoluble malgré ce que tu viens de dire. Dire le désir est une chose. Le montrer ? Tu ne dis pas assez de brutalité à mon goût. Je t’effleure, je t’essaie. Sens-tu que je t’essaie ? Prouve-moi qui tu es ! Montre-moi, éprouve-moi ! Tocas mi boca. Mi boca te toca. [14] Tu m’es insoluble. Peut-être est-ce ici l’issue à ton labyrinthe ? Je m’y engage, de la tête et des épaules je te domine. Je perçois ton sang affluer, comme sous l’effet de la marée. Te voilà à l’embouchure de la nuit, de mes lèvres je te possède.
Tu résonnes en moi, ma respiration parle à travers ta pulsion. Tu n’es pas celui que je désirais, mon bel Argentin. Comment le pourrais-tu ?
Mais ce moment, là, maintenant, il est de ceux que je pourrais graver dans mes noirceurs. Tu l’incrustes du bout de ta langue, ton joli petit accent de là-bas. Tus labios, mis labios[15]. Nos lèvres, pas de trêve encore à cette nuit. Je crèverais pour un peu plus de violence de ta part. Oui, c’est vrai. Mais cette fenêtre de la nuit qui donne sur nous, ton corps que je dirige, moi qui te soumets au mien…. Et ce petit éclat de là-bas sur ma gauche, inattendue cheminée de lumière. Il fait des ricochets au miroir, sans bouger pourtant. Ce petit bateau donnerait l’impression que cette glace à la droite de notre étreinte, fait à la Lune un demi.
Fœtale ? Notre forme l’est en fait, reliés par un cordon de désir. Mon Argentin, je te rends un peu de liberté. Blottis ta tête en moi encore, de côté. J’en ferai de même si tu obéis. Tu n’es pas celui que je désirais, mais j’aime te manœuvrer.
Le petit bateau de cristal… Je me perds dans les reflets. Sommes-nous ces ombres ? Je semble plus grande que toi. As-tu cette sensation toi aussi ? A nos embouchures, ce lien… L’as-tu ? Cette sensation. A ma bouche tu résonnes de désir, tu parles à travers moi. N’as-tu pas la sensation que notre ombre est étrange ? Au miroir elle semble si haute, le miroir reflète cette miniature, si haute sur la cheminée… Des jeux de lumière. Mais tu ne vois sûrement rien, tu joues avec mes cuisses. Tes regards sont ailleurs. J’aimerais être tes regards… notre corps est couché. L’ombre dans le miroir… ah… t’embrassant, et toi m’embrassant, j’ai la sensation d’un cercle… L’ombre… dans le miroir, n’est-elle pas verticale ? Elle aura gardé notre forme de tout à l’heure… En t’embrassant ainsi, j’ai la sensation de me donner ces baisers. Tu es mon intermédiaire. Je veux être la tienne. Mon vecteur… Cette ombre… Et les formes de la Lune ? Ta langue me déroute… tes doigts…
Je semble plus grande que toi. Mon désir sûrement, qui dévore le tien. Après tout, je me sens comme d’un infini. J’aurais pu absorber tous tes mondes, tes fantasmes ! Tu te contentes d’un nous simple, où simplement je te domine. Ton désir est là, oui. Mais je suis un infini là où tu n’es peut-être, au mieux, qu’une immensité.
Dans les vagues que font les draps, je t’aperçois. Pas encore comme eux, pas encore défait. Mais ne suis-je pas proche de te vaincre ? Donne-moi ce plaisir. A l’arche de mes jambes, j’entrevois ton cou. Dans ma voix je perçois ton pouls. Cède. Si tu ne veux pas me faire plier, je t’userai avant. La sed verdadera[16], c’est le désir. J’en regorge mais tu n’en prends que quelques gouttes. Tant pis pour toi. Cède alors !
« ¡Espera! [17]Angel’. Je veux cette nuit »
Que veux-tu dire ? Que fais-tu ? Pourquoi te redresses-tu ? Nous n’en avions pas fini.
Que ? Ton corps glisse sous moi. Ton sexe effleure mon ventre, tes jambes défilent. Ton appui me fige. Me voudrais-tu ainsi ? Bien, montre-moi. Mais tu prends le risque de me décevoir encore, tu sais. J’étais sur le point d’accepter que cette nuit soit ce qu’elle était, ce qu’elle n’a pas été. Et toi, par ta souplesse, tu voudrais me redonner espoir.
Peux-tu le rendre ? Tu es la plus grande ombre au miroir, mais lui était plus grand encore. Un colosse non pas de muscle mais d’opacité, de noirceur. Quand il se mettait comme toi, je devais m’attendre à sa nuit. Au fond qu’avait-il ? Qu’est-ce que je cherche de lui en toi, qui me tenait ?
Justement ça que tu ne me donnes pas, dans tes légèretés. Je suis trop libre. Et si libre que cela en devient un cercle vicieux, puisqu’ensuite tu ne sais pas me juguler. Je te fantasme en source dormante, mais tout est comme si tu étais un endormi de la brutalité.
Les hommes pourtant… n’êtes-vous pas comme lui, tous ?
Ainsi je te sens comme lui, à te coucher sur la voûte que forme mon dos. Tu ne pèses rien. Ta main court sur l’arrière de ma cuisse, elle la remonte.
Que veux-tu ? Faire monter la foudre, tu aurais pu le faire au début, maintenant… Oh… Tu n’es qu’un mimétisme, même dans ce début d’élan. Vas-y. N’hésite pas, je veux sentir ton bassin inonder le mien de contacts.
Ta main court sur mon sein ? Lui aussi le faisait. Mais toi tu es trop doux. Ta main est vaporeuse. A chaque mouvement que tu fais entre eux, oui, c’est comme si tu t’évaporais un peu plus.
Je te l’avais dit ! Que tu t’userais sur moi. Je suis une montagne, tu n’es qu’un tout petit nuage qui s’y accroche.
Ta main tient mon ventre. Mais vois, encore ! Au lieu de le saisir, de l’accrocher, de m’éventrer : tu le portes. Tu me tiens alors que tu ne risques pas de me faire tomber. Moi par contre, … Sens-tu mon dos se bomber ? Onduler sous ton abdomen ? Il faudrait que vous soyez plusieurs comme toi pour résister, plusieurs versions, plusieurs jours additionnés. Et oui, je le sens, cela ne te laisse pas indifférent. Alors qu’attends-tu pour venir enfin ? Je te parle mais tu n’entends pas, n’est-ce pas ? Ton oreille est à ma nuque pourtant, tu me susurres des respirations. Un souffle d’usure, évidemment. Tes morsures sont des baisers, ses morsures m’étaient des douleurs. Elles mettaient en moi l’anarchie du désir, c’était l’absence totale de couleur.
Qu’attends-tu ? Ta main renonce à me porter ? Elle recule. Oh… Cela, cela n’aurait pas été son genre. Il n’avait pas ce souci, il ne se souciait de rien. Tu es un bon amant, peut-être. Mais il te manque toujours une chose : tu n’es pas lui, tu n’es pas ça.
L’avantage à ce que tu m’aies ainsi, c’est que même si près que nous sommes, je ne peux qu’à peine te voir, à l’angle mort de mon cul. Or j’aimerais te voir, j’aimerais savoir où tombent tes regards. J’aimerais pouvoir continuer de lire le désir dans tes yeux. Et tout ça je ne l’ai plus, quand tu me tiens, me serres. Cette frustration commencerait presque de correspondre à ce que j’espérais de nous dans ces draps. Eh ! Je n’ai plus à avoir ce sourire, aussi.
Quoiqu’il en soit, ce n’est pas au langage de tes mains que je peux traduire l’effet que cela te fait de m’avoir…Cela ne te ressemble pas, au fond, de me saisir comme ça. D’ailleurs, tu m’étreins. Tu m’es trop de douceur ! Tu n’émets que cela : de la douceur, de la tendresse. Que veux-tu me faire croire ? Que je suis la première femme qui soit, dans ta jeune vie ? Je n’ai pas besoin que l’on prenne soin de moi, il n’est plus temps pour ça. Prends ce que tu veux ! Et à mon tour je collecterai mon dû. Moins tu en prends, moins je peux en prendre quand vient mon moment. Oh…
Non… Je ne suis pas la première femme. Ta main, à la façon qu’elle a de jouer comme à trois cordes, trahit ton passé… oh… Ta douceur est amusante, plaisante.
Mais elle ne m’emporte pas dans ce pays, dans ses mains à lui. Ne veux-tu pas enfin venir ? Conjugue ton mouvement à… oui. Voilà. Peut-être enfin commences-tu à m’entendre ? Dans ces quelques minutes de vide, j’aurais presque commencé à manquer de toi.
Regarde à la cheminée, le bateau de cristal scintille davantage. La lune a un tel éclat… Je ne lui soupçonnais pas ça, tout à l’heure. Elle semblait fine et discrète, comme toi, et ce petit navire avait l’air d’un jouet abandonné. Maintenant qu’il brille, on dirait que c’est toi qui le mets à jour. A notre parallèle, tu prendrais presque la perpendiculaire. Je peux t’y aider. Je sens ton corps tremblant, penché sur le seul appui d’une main. Ta sueur te descend le bras, humecte mes côtes. A l’angle de mes fesses je peux te voir onduler dans ces montées, redescentes. Ton ventre se colle, délicatement car tu ne peux pas t’empêcher, à l’ouverture de mon dos. Couverture que tu retires, replaces, et tu remontes. Oh… J’aime ton mouvement… Je l’aurais sûrement aimé plus encore avant de tomber sous lui. Lui… Tiens :
« Tu sais, tu peux te laisser aller ! Libère-toi ! Ne te soucie plus de moi…
-Jé ne comprends pas. »
Bien sûr que tu ne comprends pas.
« Laisse ma main remplacer la tienne, respire. Je peux me donner ce plaisir seule, pendant que tu nous en crées pour deux. »
Oui, laisse-moi faire. Redresse ton ombre au miroir, grandis-nous. Sommes-nous si grands ? Tu aurais presque l’air de lui dans le maigre quart que je peux en voir. J’aimerais m’appuyer sur toi, incliner mes fesses un peu, me redresser aussi.
« Veux-tu prendre mes cheveux, aussi ?
-Ils te gênent ? Si tu veux. »
Candide petit Argentin… Je veux me sentir droite. Par mimétisme des mouvements, des postures, peut-être pourras-tu m’aider à le retrouver.
Prends mes cheveux, viens ! Viens ! Je te sens à la frontière, proche de t’effondrer. Je te sens si lourd en moi, comme si tu t’injectais de désir. Tu n’es pas au rendez-vous que je t’avais donné, mais te sentir me désirer, te sentir croire que tu me possèdes quand je tiens chacun des fils de tes sensations…Aimes-tu me sentir ainsi, droite ? J’aimerais être dans tes yeux, je voudrais me voir. Le miroir là-bas ne m’offre que l’angle mort d’une grande ombre, d’une autre un peu plus bas. Je me verrais te recevant, t’accueillant, te recueillant. Je te l’avais dit, que je cueillerais ton désir. Tu es sous ma coupe, mon doux argentin.
Voilà, maintenant, je te perçois comme le buste au plus droit, et ta main comme une pesanteur sur le haut de ma fesse. Ouvre-moi à la nuit !
« Voilà, viens près de moi. Rejoins-moi, plonge en moi ! Oublie tout.
-Angella… Ah…
-Ne lâche pas mes cheveux, por favor, continue. Tiens-moi !
-…Ah… Angella… »
Je sens tes spasmes. Je vais pour te vaincre. A défaut de rompre moi-même, je suis venue pour ça. Je ne peux pas vraiment voir, mais je t’aurai vaincu. Oui… Dans ces quelques secondes, tes plus intenses secondes, peut-être puis-je me surprendre ? A ma main, et toi à ma main. Je caresse mes désirs, je peux te saisir si je le veux.
« Reste en moi ! Reste au plus loin. Por favor…
-Sí… Angella… Ah… »
Reste en moi, encore un peu. Fais-moi cette douleur que je te demande. C’est elle qui m’éveille. J’aimerais te voir, l’abandon dans ton œil, les perceptions de toi, de moi. Tu es à la porte de mon désir. Soutiens-le encore quelques instants.
Je voudrais être dans tes yeux, voir mon dos comme un tremplin vers le ciel. Je veux y être son seul éclat. Oh…
Mais comment lutter contre Elle ? Que dit la miniature de cristal ? Elle m’aveugle… c’est bien. Fais-moi perdre le sens et mes repères, je t’y encourage. Viens ! Je veux sentir tes spasmes. Voilà, ainsi…
Ta main à ma tête ? On dirait presque lui. Retire-toi, reviens. Obéis à cette pleine lune ! Je sens la marée de ton sang. Tu es au plus haut. Voilà : cède. Abandonne. Cède moi !
Je sens ta chaleur descendre en moi, une marque bien éphémère. Recouvre-moi de ton corps, oui, enroule-toi sur moi. Tant pis pour le reste, tant pis ! Cet éclair de toi en moi, il le vaut. Je peux sentir ta pluie dans l’aval de mon ventre. Ta sueur roule sur moi. Je voudrais la boire, en mémoriser le parfum. Un éclat de plus, un éclair de plus de collecté.
« Embrasse-moi dans le cou »
Oui je sais, ma demande a de quoi surprendre, mais je sais ce qui advient après. Vous pouvez disparaître, l’énergie complètement avalée, aspirée par la nuit.
« Un autre baiser »
Je sens tes lèvres sur ma nuque, la chaleur des souffles. Veux-tu me contrarier ?
« Avant que tu te n’en ailles dans le sommeil ! »
Je t’ai trop bien usé. Ton corps si léger s’endort, cette courte nuit en toi pèse sur moi comme lui autrefois. Mais je suis ce pont sous toi, je peux te soutenir. Dans quelques instants tu en glisseras, tu te mettras sur le flanc et te blottiras contre moi. Je connais vos refrains, tu sais ? Saillant joli corps sur moi, une belle peau. J’ai vaincu. Mais avant, dis-moi !
« Toi aussi, as-tu vu ce petit bateau ? Il m’éblouit trop. Peux-tu me dire, mon doux Julio, si la Lune est un croissant, un quartier, entière, ce soir ? »
Le doux roulis de toi sur moi, ça, c’est ta plénitude. Ne veux-tu pas me répondre ? Le ressac de mes mouvements ricoche. Je te sens presque diminuer, nous quitter.
« Tu ne veux donc pas me dire ce que tu vois »
Un nuage accompagne ton silence. Ta parole dépend-elle de la Lune ? Je vais la jalouser… Moi qui te croyais ce soir, maintenant, seulement dépendant à mon corps.
Ces secondes me paraissent presque longues, inquiétantes.
Heureusement, tu bouges à nouveau, décollant le sel de nos corps. Tu entres dans le répit de ton désir.
2 heures 15
« Alors, repose-toi. Et si tu me veux encore cette nuit… Sors-nous du sommeil. Il n’est pas si tard. Mais nos corps t’auront sans doute épuisé. Tu entends ? Si tu veux reprendre de nous… Mais tu ne dis rien. »
2 heures 27
Arrête… Je voudrais que tu arrêtes. Mais si tu arrêtais… Je te demanderais de co… Arrête… Continue. Non, ne m’obéis pas… De toute façon, au fond, m’écoutes-tu encore ? … Que s’est-il produit, mon bel Argentin ? Je ne sens plus rien de ce que tu étais, tu ne me laisses plus voir. Tu ne fais que pleuvoir maintenant. A qui sont ces mains qui me lacèrent les hanches ? A qui est ce bassin qui accoste au mien ? Tu écluses ton noir en moi… Ah…
« S’il te plaît Julio, ar… Oh…
-… »
Tu ne m’entends plus. Tu sembles possédé, par toi-même possédé. Ah…
On le dirait lui… Ah… Au-delà de lui. Comment ton corps si fin peut-il atteindre une telle lourdeur ? Comment peux-tu… Ah…
Cette douleur. Elle me revient. C’était cela, c’était exactement cela. Au-delà de mes pores, ça. Tu ne reviens qu’avec force, tu ne t’en vas que lancinant. A l’angle de mon cul, je ne peux voir que ta main, injectée de veines, comme doit l’être ton corps entier. Tu te déploies si… Tu ne te soucies plus de moi… Je le retrouve… Arrête. Arrête !
« Arrête, s’il te plait, espera ! Espera[18]… »
Non, tu as raison, continue. Ne me réponds pas, ignore-moi. Ah…
Je le retrouve… Pourquoi le cherchais-je ? Ces heures m’étaient des cauchemars…. Ah…
Si violemment ? Pourquoi ? Comment ? Je te retrouve. C’est comme si tu étais là au travers de lui… Tu m’as laissé dans tes coups… Oh…
Je voudrais le voir, pour t’oublier. Je ne veux plus te revoir. Je me veux rallier à lui, à Julio, qu’il me revienne. Reviens !
Ah… Ramène-moi à ta douceur, ramène-moi à mon désir. Fais-moi l’oublier… Ah…
« Attends »
Cette violence que tu avais, je la retrouve. Comment pouvais-tu être un tel homme ? Comment as-tu pu me… Tu m’avais sous ta coupe. Possédée, que j’étais, par le grand sommeil. Tu m’obsèdes.
Mais ce que je désire maintenant, ce serait… oh… ce serait de ne plus jamais te céder et retrouver celle… oh…
« Julio, qui es-tu ? Ta douceur, ta légèreté, elles… tu… oh… continue… mais ne peux-tu pas être plus… »
2 heures 15
Tu te relèves une dernière fois. Et comme ces autres que j’ai collectés tout au bout de moi, tu vas t’écrouler dans la seconde. J’avais ta chaleur comme couverture, maintenant mon dos se refroidit. Je sens le frisson de ton mouvement, l’air qui parcourt mes portes. Tout retombe, les perceptions, le feu, le métal de la nuit. Je déteste cet instant quand tout part.
Ta main m’exauce ? Elle frotte ma colonne, de mes fesses à mes cheveux. Je sens ta paume. La sueur la fait riper dans ma peau qui plie. Je pourrais te vouloir encore ainsi, tu sais ? Après tout, ce n’était finalement pas…
Oh. Que je m’incline ? Le bout de tes doigts s’incruste dans mon crâne, leur appui dérive, de mon cou à mon épaule à mon cou, con un dedo tocas el borde de[19]… Ma bouche, que lui veux-tu à ma bouche ? Je te sens te pencher maintenant. Ne voulais-tu pas dormir ? Ce que je sens longer le creux de mon dos me dis que n… Oh…
« Bien. Alors viens, viens à moi encore. Viens de cette douce brutalité… Enfin, sos fuerte[20]… más fuerte qué… Despacio… [21]Mais si fort. Que me cachais-tu Julio ?
-… »
Tout ton être pèse sur moi.
Je ne peux même plus te voir, à peine dans la marée des draps, une ombre au miroir. Elle ferait presque sa taille. Et ce navire qui n’en finit plus de briller.
Que se passe-t-il ? Tu me fais déraisonner ! La Lune était croissant, quartier et maintenant elle brille, comme si elle pouvait occulter les reflets de toutes les étoiles… Oui, mords-moi la peau ! Je la rendrai aux draps, cette morsure. Tes mots doux se sont-ils envolés ? Je te se sens si ferme et… Ta main presse cet oreiller de la même force que tu y fais reposer ma tête… Je… Je… Je le retrouve. … Julio ? Je…. Attends. … Je… M’entends-tu encore ?
« Espera[22]… M’entends-tu ? Oh… Me oyes ? »
Et la Lune… Qui miroite au travers du navire…
« Julio… Me… Oyes… ? »[23]
On la dirait de cristal.
[Julio Amione]
Cual es… Esa sensación ? [24]On dirait comme un frottement à l’intérieur de ella[25]. Elle me regarde de haut, si haut. Elle est immensément belle…. Tan bella[26]. C’est peut-être la première fois… Oui, la primera vez [27]qu’une femme répond si vite à ce que je ressens. Sa robe tout à l’heure, ce jaune froissé. Amarillo… est-ce la couleur de son désir ?
Pero[28]… Cette sensation, elle me dérange. On dirait un relief. J’ai déjà senti ça mais au bout de mes doigts. Un relief et plein de petits bords, quand je repliais ma main. Mais là… ahora[29], je peux le sentir en ella, loin en elle.
Laisse-la prendre le plaisir. Oublie cette douleur, elle est petite. Toute petite, comparée à ella. Elle me regarde, mais je ne comprends pas.
Elle devrait partir à l’intérieur d’elle-même, mais non, elle est présente, elle me regarde de haut, très haut, elle se pénètre de moi. Peut-être que c’est comme ça, que ça lui plaît. Qu’elle veut. Alors laisse, laisse-la faire. Prends le plaisir ailleurs.
Ses fesses dans mes mains. Mes mains ne sont pas si petites, pero… Je ne peux pas les couvrir. Ses fesses dépassent de mes mains. Tout à l’heure elles dépassaient aussi de mes yeux. Ah… Quand elle a enlevé sa robe. Moi je lui soulevais, je lui caressais la jambe. Je la serrais doucement contre moi, je relevais le jaune. Quelle sensation ! Ma main sur sa hanche, et puis sur son ventre, ce petit rond, et puis descendre.
Bien sûr qu’elle n’avait rien ! Elle te donne rendez-vous à minuit dans un hôtel, eh ! Hombre, va !
Alors le piquant de ses poils, l’odeur de moi parce que déjà ella, elle m’avait mis nu. Impatiente comme moi. Aún más[30]. Et l’odeur d’elle, une odeur de sel. Comme si la mer me devenait une femme.
Le rebord de sa peau, ses deux petites peaux qui s’ouvraient. Sous mes doigts le… oui, et puis elle a voulu enlever sa robe elle-même. Et alors, ses fesses ! C’était si beau…
Cette sensation maintenant ne me plaît pas mais… Je n’ai qu’à repenser à ce moment de tout à l’heure pour que… C’est toujours pareil : le moment juste avant… C’est la frontière entre le passé, le futur. Pasado[31]… elle m’a pris par la main mais j’ai laissé glisser. Faire quelques pas devant moi, en direction de la haute fenêtre. Ses fesses avançaient dans le ciel, dans la lumière là-haut. Ce miroir… es buena idea[32]. Oh oui. La lumière qui a rebondi sur ses fesses, ses fesses qui me demandaient de suivre ses cheveux. Ils balançaient, comme une cape de nuit. J’ai pas résisté beaucoup, j’ai rejoint sa main, ses deux mains. J’ai plaqué son dos contre moi… ah… je pourrais vivre une vie dans l’enfer, travailler mille ans si de temps en temps, a veces[33], parfois, je pouvais vivre des moments comme ça. De pouvoir embrasser son cou, sentir mon sexe se presser contre ella.
Faire aller mais mains sur son ventre. La Luna dans les yeux. Sentir la chaleur de son ventre ! Je voulais cette chaleur. Qué mujer [34]! Quelle femme ! Pour l’instant, elle m’a pas trop laissé. Elle aime m’avoir, je crois, contrôler. Elle regarde de tout en haut.
Lo mismo[35], quand de son ventre chaud j’ai fait descendre ma main. A la fenêtre toute la rue pouvait nous voir. Mais il n’y avait personne, forcément. Ma main s’est pliée à elle, je l’ai pliée encore, encore, avec douceur. Des femmes que j’ai connues, ah… nous pouvions passer mucho tiempo así[36], moi en elle, elle contre moi.
Mais ella… Elle a pas voulu, elle s’est retournée si vite, elle m’a mis le mouvement de ses cheveux dans le nez, et puis elle m’a fait m’asseoir, m’allonger. Elle s’est mise au-dessus de moi, mais pas encore en ella. Elle m’embrassait, ses cheveux ils tombaient comme une pluie qui ne bougeait pas. Je ne voyais plus la lumière. Je sentais ses poils qui touchaient à peine mon sexe. Ça a duré rien, ça, quelques secondes. Mais ça m’a rendu fou. Je la voulais ! Alors elle m’a pris, la main, et puis elle s’est relevée, relevée. El contacto[37], chaud, humide. Et s’est assise sur moi, despacio, despacio[38]…. Jusqu’au bout de moi.
Et depuis, elle me regarde en haut. La première sensación, por Dios ![39] Incroyable !
Mais après, ce frottement que je sens en ella. Peut-être que je suis trop loin en ella. Ou peut-être que son corps est comme ça.
J’aurais voulu la toucher plus, faire durer avant. Le passé, el futuro[40]. La frontière. Mais bon, es así[41].
Ses yeux me regardent toujours. Elle est encore là. Elle joue avec sa petite force, à me griffer, m’étrangler. C’est toujours pareil, c’est le moment de la déshabiller qui m’a plus le plus. Lo màs intenso[42]. Elle peut bien essayer avec sa force. Su pequeña fuerza[43]. No es nada. Elle veut m’avoir, me maîtriser. Je peux lui faire croire.
Ce son de ces poils qui passent sur moi… je l’entends dans ma peau. Je ne sens rien, que cette gêne. Au plus profond de ella, il y a ça. Elle, elle prend du plaisir je crois. Enfin, elle ferme un peu les yeux. Ses beaux yeux me laissent la paix. Je me sens presque bien. Elle dans mes mains, la nuit chaude, la lumière. Le cristal et le miroir, c’est pas grand-chose mais dans la nuit… on peut nager sur la lumière.
« Dejame vivir un poco más, por favor[44]. Le temps de té voir vraiment nue »
Ça lui plaît pas, que j’enlève sa main. Je veux pas lui faire mal mais oui, quiero verla [45]vraiment nue. Là elle ne fait pas semblant, no. Mais ses yeux sont encore là. Je veux comprendre ce qu’elle veut. Je comprends pas encore, mais je vais. Entender[46], ce qu’elle veut vraiment.
Je veux toucher son désir, ses seins dans mes mains. Sa peau est presque bleue, azul[47]. Elle a la couleur de la nuit. Elle monte si haut. Sa tête touche presque le quartier. Elle pourrait mal retomber, de là-haut.
Déjà, celle sale sensation part un peu. Aller, revenir. Haut. J’aime déjà plus. Sí… eso me gusta más[48]. Sa peau qui retombe sur mes cuisses. Ces fesses… Avec ou sans la robe. Avec mes yeux ou le miroir.
J’aimerais les voir se pencher. Si elle m’embrassait. Ah… elle veut résister, elle veut se battre. Bon. Moi je veux juste l’embrasser mais… si ça lui fait plaisir. Deja de subir, bajate[49]… à mes lèvres. Voilà. Elle voulait voir si mon corps pouvait la forcer. Con un dedo toco el borde de tu boca, voy dibujándola como si saliera de mi mano[50]… Nous jouons… J’aime être en elle deux fois. Maintenant… la frontière… dans le miroir… Son noir me mange, me libère, de nuevo me come[51]… je veux qu’elle reste là… contre ma bouche… elle bouge, là-bas… en bas…. le petit cristal, il gâche presque mon spectacle… ella… brille si fort… mes mains la introducen [52]au ciel… quel reflet… Je sens depuis tout à l’heure. Elle se sent déjà plus nue. Elle ne… ses yeux ne peuvent plus…
« Oui comme ça, tus manos… me abren[53]. La nuit nous regarde, me regarde. »
Pourquoi ? Elle arrête. Je voulais juste caresser encore. Se relever ? Elle veut. Bueno[54]… Elle fait tout comme elle veut.
Oh, elle veut ? Bien. Je la veux, aussi. Peut-être que la nuit vient de commencer.
« Tu boca. Donne-moi ta bouche »
Elle touche ma bouche. Je la sens glisser. Elle vient. Ses hanches s’arrêtent. Je veux être son mouvement. Je tiens sa fesse, je tiens sa hanche. J’aime sa main dans mes cheveux. Sa main me dice de continuer. A côté de son ventre, la lune, la fenêtre.
Son désir change. Là-bas le petit bateau. Dans ma bouche deux quartiers. Elle est comme la cheminée. Je monte en elle, soy el fuego, efímero[55].
Elle se laisse tomber… Elle touche ma bouche, je tiens sa hanche. Elle se laisse tomber, s’incliner. Sí. L’avoir à ma bouche était suffisant. M’avoir à…
« Te gusta así ? Mon bel Argentin. Te gustaría que yo tam… ?
-Sí. Tu me plais, dé la tête aux pieds. Je veux té voir nue, toute entière. »
On ne sait jamais ce qui déclenche. Elle était là, ses yeux trop là. Et maintenant c’est différent… ah… Ma main, mi boca, ses lèvres… une ombre, grande, une ombre petite… Elle est devenue petite, couchée sur moi… Nous sommes cette ombre grande, de la petite lumière. Ce miroir, que buena idea[56]. Tout va si vite… elle…
Les draps font des vagues. Le miroir fait des vagues dans les draps. Je la vois. Mirarla[57]. Je ne vois plus ses yeux, que son sexe et son ventre et ses seins et sa bouche. On dirait… qu’elle veut gagner. Su piel[58]… d’en dessous de nous, morada[59]… Elle veut me battre. Pourquoi se battre ? Perdre, gagner… si vite, si lourde sur moi… la deseo[60]… tanto… Angella… Défaire ! C’est ça le mot. Pourquoi il faut « se défaire » ? Est-ce qu’on ne peut lutter… contigo [61]? J’aimerais… gagner ensemble. Elle veut gagner, seule… Angella… Le petit bateau brille si fort. La Lune le nourrit… Angella… Ce cristal juega[62]… Il joue à prenderse[63]… il s’allume… On dirait qu’il joue à prendre notre… Angella… à prendre son ombre.
Quelle est cette ombre ? … Angella… por favor. Le miroir fait des vagues dans les draps, et dans la grande ombre je… pourquoi se « défaire » ? Je veux… Tout est flou. L’ombre de tes jambes, de tes fesses… Son goût de sel, et la lumière. La luz[64], dans le bateau. Je veux… Angella… Je veux…
« Espera, Angel’. Je veux cette nuit »
Je veux être l’ombre. Je veux voir l’ombre. Pourquoi se défaire ?
Je glisse sous elle, ses seins me touchent, je touche son ventre. Mi sexo… Ses poils, su piel[65]… Ma peau… Mi pelo. Ne pas voir ses yeux. Être son ombre. La laisser aller. Je ne sais pas où, je veux aller avec elle. Il y a une ombre plus grande que moi. Je veux l’enlacer, la serrer. Mon ventre contre son dos. Su espalda ![66] La chaleur de son dos ! Mis dedos[67], ils courent sous son sein. Su vientre[68]… Je me perds. Attendre… ne pas… esperar[69]… elle essaie de me voir. Mais je suis son ombre, nuestra sombra[70]… en el espejo[71]… si grande. A la cheminée, le bateau. C’est étrange, c’est comme si… Todo es como si[72]… quoi que je fais d’elle, n’est pas suffisant. Je ne suis que son ombre.
Par moments… oh… No puedo esperar más[73]… Su humedad [74]contre moi… je veux être en elle… Peut-être… Peut-être que cela pourra la… Elle semble encore là. Elle voit la Lune, j’en suis sûr. Elle est encore là, trop là.
Tant pis. Je dois continuer. Mis dedos[75], je dois continuer de chercher, je veux… nous sommes. Elle est droite, son corps… Solide. Cette sensation de nuevo, qué no me gustaba[76]. Rigide, cette cheminée qui porte ce bateau. Le foyer del fuego[77], le cristal, un bateau… Être contre elle alors, contre sa peau mais avec elle, en ella…
« Tu sais, tu peux te laisser aller ! Libère-toi ! Ne te soucie plus de moi…
-Jé ne comprends pas. »
No entiendo[78]. Elle a l’air… à côté. Al lado [79]de notre…
« Laisse ma main remplacer la tienne, respire. Je peux me donner ce plaisir seule, pendant que tu nous en crées pour deux. »
Bueno. Je me relève alors. Je suis son ombre. Elle le veut, ensemble. Enfin. Et maintenant… Mais mainténant… Resistir, a ella. Su deseo… [80]Je veux le chercher.
« Veux-tu prendre mes cheveux, aussi ?
-Ils te gênent ?
Si tu veux. »
No entiendo. Elle se met si droite. Elle est trop là… Mais elle cherche son plaisir… Je sens su mano[81], de temps en temps. Ses cheveux dans ma main. Su sombra… Je suis son ombre. Son cheveu… Su… Tout est mouvement. Je sens la vie. Negra [82]! Noire ! Je suis su sombra… Ma main, sa fesse…
« Voilà, viens près de moi. Rejoins-moi, plonge en moi ! Oublie tout »
Esa sensación. Creía[83]… Je crois que c’était en ella. Mais… El placer, je le sens, si puissant. Ella… Tan poderosa[84]. Le bateau, su vela… La luz[85], la voile, le noir. Ma main posée, sobre su omóplato[86]… Pero [87]cette sensation. Désagréable… Le plaisir mais…
« Angella… Ah… »
El dolor[88]. Cette ombre ? Je suis la sombra. En mi pecho[89]. Je sens… Et le plaisir, qui vient.
Que… cette douleur… insupportable… Le plaisir, il glisse et revient d’elle. La douleur… También [90]?
« Ne lâche pas mes cheveux, por favor, continue. Tiens-moi ! »
Elle était là, trop là. Je crois que… No entiendo[91]. Je n’ai jamais senti ça. Mon cœur… je résiste, mais je fissure. Le plaisir… una fissura. En mi corazón también[92]. Le miroir, il me regarde. Je suis l’ombre. Mais… Cette ombre est plus grande que moi. Mi cuerpo[93], en elle. Si large, si lourde ! Je vois sa bouche, elle gonfle autour de moi. Angella, je sens, je sens qu’elle…
« …Ah… Angella… »
Il faut que j’arrête. Sinon… Sinon. Il faut que j’arrête, qu’elle m’aide. Ayuda !
Que je m’allonge… No. Je la veux, je veux continuer. Je veux la voir nue, entière. Quiero ver[94]… la nuit, entière. Y ce petit bateau… Il brille trop fort. Angella…
No puedo resistir más. Resistirle a ella… [95]Angella, que se passé-t-il ? Je… yo… Tan intenso [96]mais je… Mi corazón[97]. La cheminée, la sombra ? En el espejo[98]. Ce n’est pas notre ombre ! Una fissura au-dessus de la cheminée, je ne l’avais pas vue. Gracias a la luz… Siento la electricidad[99]. Un éclair, en ella. Mais mon cœur aussi… Como [100]une fissure… Si intense !
Ce désir, Angella… Que me cache-t-elle? Angella… un relámpago[101]…
« Reste en moi ! Reste au plus loin. Por favor… »
Je suis son ombre. Elle est mon ombre, je lui donne… Mi electricidad[102], sa peau… su piel[103], si chaude… quelle douleur ! Mi pecho…
Cual es esa sombra ? [104]Dans le miroir… Sur la cheminée. Ce bateau ? A côté du bateau ! Ce n’est plus… no es… no es una sombra. Ce plaisir… ta peau… amarilla, azul, morada, negra[105].
« Sí[106]… Angella… Ah… »
Ayuda… je… ce n’est pas une ombre ! Ce n’est pas una sombra [107]! Angella… es una mujer[108]. Je… C’est une femme. Cette femme… ma main… lui montrer le bateau… sa tête, ma main. Non. Elle ne veut pas se laisser faire.
Angella… Une femme est…
D’accord, se défaire. Angella, elle a… Angella, c’est la fin. Ce plaisir… es mi último[109]. Angella… Une femme est assise sur la cheminée.
…
Un rayo[110]. Il y a un instant, la foudre, elle est montée depuis sa peau, ses seins, ses fesses, son noir… Angella… Elle est montée de mon sexe, hasta [111]mon ventre, à mon dos, à mes yeux. Mon cœur. Una fissura. Le plaisir, puis plus rien. Nada… Tout est… Oui !
Mais oui, l’ombre ?! Tan apacible[112]. Angella, sous mes mains. Elle ne voit pas ? Ce n’est pas une ombre, c’est une femme ! Assise sur la cheminée. Je la connais ! Je l’ai déjà vue. Je l’ai déjà aimée. Comment ai-je pu l’oublier ? Elle me regarde.
Est-ce que vous… Que fais-tu ici ? J’ai senti ta présence. Et Angella, elle… No puedo moverme[113]. Je suis collé à la peau d’Angella. Ma joue contre son épaule. Son souffle. Il me relève, me redescend. Et toi, tu es là… Es-tu là depuis le début ? Je ne me souviens plus… No me acuerdo[114]. De tu nombre ? Pourtant, pourtant… ton corps, ton regard, je les connais. Je sais ce que cette robe couvre. Elle te couvre à peine d’ailleurs. Je voudrais souffler. Soulever ce tissu, me rappeler encore, me rappeler mieux. Peut-être qué je retrouvérais ton prénom así.
Tu caresses le cristal, je le vois, je vois tu mano bouger. Pero… Tu me regardes, et tu ne dis rien ? Pourquoi ?
« Embrasse-moi dans le cou »
Son souffle me soulève, je retombe. Comment ne peut-elle pas la voir ? Elle me soulève, je sens son cœur. Pero no puedo moverme[115]. Qu’est-ce qui m’arrive ? Je sens son cœur. Elle ne la voit pas ? Sur la cheminée. Non… Dessous moi, elle pourrait à peine.
Pero yo[116], sous la Luna, si grande, si pleine, je la vois très bien. Son cœur me soulève. Ça y est ! Mes lèvres. Sa nuque. Lui parler. Je parle. Hablo. Más fuerte [117]! … aucun son.
« Un autre baiser »
Angella ? Angella ? Pourquoi elle ne m’entend pas ?
« Avant que tu ne t’en ailles dans le sommeil »
Je sens mon corps. Il revient. Pero mi corazón [118]? Que se passe-t-il… Je lui parle… Angella… Rien. Elle ne m’entend pas.
Et toi, sur la cheminée, tampocco me oyes [119]?
Qu’on me réponde… le corps d’Angella… me contesta. Oui il me répond.
« Toi aussi, as-tu vu ce petit bateau ? Il m’éblouit trop. Peux-tu me dire, mon doux Julio, si la Lune est un croissant, un quartier, entière, ce soir ? »
Doux ? Quand elle le dit, on dirait presque… C’est vrai. Je suis encore en ella. Mais peut-être plus pour longtemps. La Lune ? Elle a raison. Je lui dis ! Mais elle entend pas. Ma voix !
¿Es tú ? [120]Qui m’a pris ma voix ? Ta main sur le cristal… Elle ne bouge plus. Mais je vois ta poitrine, gonfler, redescendre. Comme celle d’Angella sous moi. Ta poitrine, ta main… Je les connais. Oui. Il y a longtemps… Una eternidad[121]. Je les ai connues, je t’ai connue.
Les mouvements d’Angella…
« Tu ne veux donc pas me dire ce que tu vois »
Mais si ! Je lui réponds, et elle ne m’entend toujours pas. Que está pasando ? Las nubes… [122]Ils ne me rendent pas ma voix. Mais Angella, grise…
Vos ! Sur la cheminée, que t’arrive-t-il ? Pareces[123]… Tu as l’air transparente. Je te vois… moins bien. Ta main… ta poitrine, le bateau de cristal, il te…
Amarilla, azul, morada, negra[124]. Sa peau…
2 heures 14
Se han ido, las nubes[125]. Tu es là à nouveau. Je suis dans tes yeux, de nuevo. Puedo moverme[126]. Mi cuerpo[127]… Je me décolle d’Angella, mais mon corps… il me dit, me dice[128]… qu’il veut la garder. Et je suis dans tes yeux.
2 heures 15
« Alors, repose-toi. Et si tu me veux encore cette nuit… Sors-nous du sommeil. Il n’est pas si tard. Mais nos corps t’auront sans doute épuisé. Tu entends ?
Si tu veux reprendre de nous… Mais tu ne dis rien. »
2 heures 27
¿Es tú ? [129]Assise là, qui me regarde. Tenes[130] les fils de mon désir ?
Angella… Je te veux autrement. Elle me veut maintenant. Est-ce moi ?
Mon corps me parle, je l’entends ! Desde lejos, muy lejos[131]. En moi. Personne. Nadie[132]. Je suis… Je me sens libre d’être en ella. Angella… M’a-t-elle contaminé ? Je la vois mainténant. Entièrement nue.
Elle s’étouffe, les draps veulent l’embrasser. Sa main s’oppose, mon ventre… Et puis elle change. Su mano[133]. Elle attrape ma hanche, ma fesse… si libre… est-ce moi ? Il a fallu qué je té rencontre pour… Sa main s’en va, serre les draps. Su mano… elle les embrasse, elle veut les étouffer. Sa main, la misma, que sur ma gorge. Ses cheveux… negros[134], ils se promènent, sur le lit, dans la nuit.
« S’il te plaît Julio, ar… Oh… »
Je n’aurais jamais pensé… Pouvoir… Mais tu me regardes. Me miras. De cerca me miras, cada vez más de cerca [135]. Et mon désir, de toi, d’Angella. Je me souviens, presque, presque… Ton prénom… c’est comme si ton regard approchait, dans le miroir. Mais toi, tu restes là, sur ce rebord. Tes jambes pendent… ton tissu…
Angella… Tan poderosa[136]. Je la…
« Arrête, s’il te plait, espera ! Espera… »
Tengo la sensación[137]… de lui parler enfin. Elle ne m’entend pas. Mais mon corps lui dit, mon corps lui donne. Je suis comme une porte pour elle. Un passage. Arrêter ? No puedo. Mi cuerpo… no quiere[138]. Angella… Je revois sa robe jaune, l’instant juste avant. Justo antes[139]. A la frontière. Je suis à la frontière de son désir.
Et toi, tu nous regardes. ¿Sos triste? [140]Ressens-tu quelque chose ? Sos… une présence, una imagen[141]. Mais es-tu là ?
« Attends »
La Lune, elle pénètre ma poitrine. Je suis en elle. Je la vois, entièrement nue. Elle n’est plus là, plus vraiment.
Elle mord ma main, elle mord à l’angle de l’oreiller. Sa main me frappe. Luego… De inmediato [142]elle me caresse.
Son corps sait, elle sait aussi, su corazón también[143]. Veulent-ils la… misma[144]… Angella… cosa [145]? Me veulent-ils moi ? Moi… Angella… Angella sous les regards…
« Julio, qui es-tu ? Ta douceur, ta légèreté, elles… tu… oh… continue… mais ne peux-tu pas être plus… »
2 heures 15
Me levanto… De su cuerpo[146], Angella… Je sens la vie. Elle remonte d’elle. Je suis sous les regards. La Luna et elle, sur la cheminée. Mi mano quiere acariciar su espalda[147]. Comment pourrai-je… Sa peau, elle se plie. Su sudor[148]… la mienne.
Devant toi ? Es lo qué queres ? Verme… [149]
Mon corps la veut. Je la veux. Angella. Je veux la voir nue, nue toute entière. Su hombro, su cuello[150]. Je me sens si jeune et si vieux. Ese vínculo… ese deseo [151]entre elle et moi…. C’est comme un fleuve. Il me nourrit, je la nourris… la Luna… toi là-bas.
Je me souviens de notre nuit, sur le rio… tes courbes, on aurait dit aquellas [152]de Angella… en aquel tiempo[153]… ah… n’était-ce pas il y a longtemps ? Tes courbes on aurait dit de l’argent… ese rio, d’Angella à moi… je me noie en elle… con un dedo toco el borde[154]… Du bout de mon doigt, je touche sa bouche. Je veux… je veux ne plus jamais dormir.
« Bien. Alors viens, viens à moi encore. Viens de cette douce brutalité… Enfin, sos fuerte… más fuerte qué… Despacio… Mais si fort. Que me cachais-tu Julio ? »
Elle essaie de me voir, en el espejo[155]. A l’angle de su hombro[156].
Tu caresses ce petit bateau. La luz[157]… Tu la caresses. Je sens tus caricias[158]. Je pensais que je ne… Mais je le peux. Je le veux. Je te veux. Je veux vous voir entièrement nues. No queres [159]? Venir, toi aussi…
Ma main pasa cerca de son cou, mon bras se plante en dessous. Su cabeza[160]… Mon désir d’elle… Angella… su deseo. Es nuestro. La noche. Es nuestra[161].
« Espera… M’entends-tu ? Oh… Me oyes ? [162]»
Ese barco de cristal[163]… su mano, tu pecho, tus piernas… tus ojos. Son corps…
« Julio… Me… Oyes… ? »
[A l’angle mort]
« Quelle est leur histoire ?
-Il n’y a pas d’histoire. Juste cette nuit. La nuit.
-Allons, vous me comprenez… En plus… C’est déjà arrivé quelques fois avec certains, certaines. Mais ce Julio… Enfin, moi… Je ne m’étonne pas qu’il ne me voie pas, c’est normal au fond. Mais vous, depuis tout à l’heure, il vous parle. Et à la description qu’il fait de votre apparence, il semble même vous voir distinctement.
-Cesse de me vouvoyer…
-C’est difficile.
Mais réponds-moi. Mieux que de te voir, et ça, ça n’était jamais arrivé devant moi, il semble même te connaître ! Et mieux que te connaître, il…
-Es-tu jaloux ?
-Arrêtez…
-Je vous connais tous.
-Vous jouez avec les mots.
-Oui, je l’ai connu. Arrête de me vouvoyer. Hier, avant-hier, à l’instant, toi aussi tu m’as connue.
-Alors, tu l’as connu comme ça.
-Oui. Mais tu ne vas pas me dire que…
-Que cela me blesse ? Pourquoi devrais-je l’être ? Depuis que je t’ai rencontré, beaucoup de choses me sont plus légères.
Mais s’il est là, avec elle… ? Ne viens-tu pas de… ? J’ai mille questions à vous poser !
-Arrête, avec ce « vous » !
-Pardon. Mais vraiment, c’est difficile. Il y a la femme et il y a… enfin. Julio, est-ce vous qui le… Depuis qu’il… Enfin je ne sais même pas s’il l’est. Mais depuis quelques minutes, depuis qu’il te parle, sa façon d’être a changé. Son corps… Avec Angella… Le corps de Julio semble avoir une énergie… différente.
-Tu n’as pas connu Julio comme moi, c’est vrai. De sa vie, je sais que le désir l’a toujours habité. Le désir d’être aux autres.
-C’est bien vague… Et tu ne réponds pas à ma question, est-ce toi qui le contro…
-Non. Je pense que c’est l’écho de sa vie, l’écho de son désir justement. Tu sais, j’ai bien des pouvoirs, des pouvoirs sur vous, mais je ne suis pas magicienne pour autant. Si je pouvais manipuler la volonté des hommes, c’est-à-dire ce qu’il y a de plus libre en eux, en vous, en toi : comment pourrais-je vous désirer ? La liberté, c’est ce qui fonde votre désir, le mien.
-La liberté ?
-Oui, la liberté ! Qu’on veuille soumettre celle de l’autre, se les échanger, les faire se parler ou… la donner, pour qu’elle soit soumise.
-Et si les libertés ne sont pas d’égal à égal ?
-Elles ne le sont jamais. Le désir trouve toujours son chemin, tu ne crois pas ? Regarde-nous.
-Oui… Reste que Julio a l’air d’un autre homme depuis un moment.
-Son corps répond au désir d’Angella, rien de plus.
-Son corps, mais son esprit ?
-Tu deviens fatiguant tu sais ! J’espère que tes histoires seront pleines d’autre chose que ces questions-là ! Ne peux-tu pas les voir comme ils sont ? …
Je prendrai Julio tout à l’heure.
-Ici ?
-Oui.
-Dans cette chambre, avec Angella ?
-Oui je le prendrai, il le faut. Je me souviens de Julio, dans mes bras, la première fois que je l’ai connu… C’est un peu pour ça que j’ai voulu t’amener ce soir.
-Pour ça ? Que je vous regarde ?
-Arrête avec le vous !
-Je ne te vouvoyais pas.
-Ah.
-Mais Julio ?
-Quand il s’est pris à moi, il y a longtemps, en fait il était un peu comme toi au fond. Beaucoup de femmes, beaucoup d’hommes, font l’amour, couchent, baisent, par pulsion de vie. Ils procréent d’ailleurs parfois. Pulsion de vie, quoi de plus clair là-dedans ? La pulsion de vie, leur désir, c’est une banale réponse à la grande angoisse.
Mais Julio, toi, vous n’aviez pas peur de moi, vous me vouliez, vous me désiriez. Et j’aime à voir que vous me désirez toujours, même après, même après que vous m’ayez eue. Julio, toute sa vie, il a été habité par les autres. Non, pas par « les autres » : par l’autre. Et cet autre, ça a souvent été une femme.
-Vous me perdez…
-Arrête avec ce vous ! Son désir, ton désir, ils embrassent la vie comme la mort, ils ne sont pas en réaction. Votre désir serait presque originel.
-Alors tu nous désires comme des spécimens.
-Non. Je l’ai désiré parce qu’il m’a ému. Je te désire parce que je t’aime.
Ce n’est pas parce que l’on effleure une explication à la beauté d’une chose que, tout de suite, cette chose en perdra sa beauté.
Je t’ai pris, tu m’as prise, lui aussi, et je le reprendrai. Et si cela est possible, c’est parce que votre désir ne répond pas à une bête peur : il n’est pas un refuge, c’est vous qui l’abritez.
-La pulsion… Je pensais que si l’on n’avait pas peur de la mort, on ne pouvait plus désirer. Alors, cette explication d’une pulsion…
-Une pulsion de vous-mêmes.
-Et Angella ? L’as-tu déjà prise aussi ?
-Non, mais cela viendra.
-Ce soir ?
-Bientôt. Je te le dirai.
-Ton désir est imprévisible.
-Je dirais plutôt que c’est sa définition.
-Et Angella alors ?
-Que penses-tu ?
-Son désir a la couleur des coups.
-Peut-être bien. Mais ?
-Mais il était peut-être autre avant. Plus semblable à Julio. Non pas à se sacrifier, mais à… s’abandonner.
-Pour autant, la trouves-tu moins désirable dans sa forme actuelle ?
-Pas nécessairement. Mais Julio pourrait être n’importe quel autre, non ? Son désir a pris la forme d’une réaction justement.
-Oui et… non.
-Vous me reprocher de chercher trop loin, mais avec du flou comme là, vous ne m’aidez pas bien à comprendre !
-Encore ce vous… ! Oui et non, car regarde-la. Elle est à la frontière de tout ça à présent, ce moment où les perceptions sont à la porte. Elle ne cherche plus à dominer, ni non plus tout à fait à l’être. Peut-être pourrait-elle en venir à rencontrer Julio…
-Et encore du flou…
-Toi, je t’attends au tournant mon beau ! Ce que tu écriras de ton voyage à mes côtés a intérêt d’être sacrément précis et entraînant !
-Sinon ?
-Ne souris pas comme ça, je pourrais avoir envie de…
-De me prendre ? Impossible, ne suis-je pas déjà mort ?
-…de toi.
-Ah.
-Oui. Alors… Que vas-tu écrire de nos deux petits chercheurs d’extase ?
-Je ne suis pas encore sûr. Ni même d’avoir tout compris. Par exemple, Angella a semblé nous apercevoir, ou du moins vous…
-Toi ! Enfin moi. Dis-moi tu.
-Du moins toi. Julio te voit très distinctement, à tel point que tu sembles un peu dans son corps, dans ce qu’il donne à Angella. Mais elle, ne te voit pas ?
-D’où elle est, elle ne peut pas nous voir.
-Du flou, toujours du flou !
-Non, rien de flou : nous sommes presque dans son dos. De cet angle elle…
-Donc elle pourrait te voir ? Si elle se retournait ?
-Rien ne sert de trop regarder en arrière, non ?
-Arrêtez avec vos traits d’esprit… vous comprenez.
-J’arrête, si tu arrêtes enfin avec ce vous. Mais non, elle ne pourrait pas me voir. Pas avant que je ne la prenne.
-Bon… Et la Lune qui… Mais !
-Oui ?
-Si… si Julio vous voit ! C’est que vous l’avez déjà fait traverser. Qu’est-il maintenant ? Un fantôme ?
-Non, il est encore bien vivant. De nouveau.
-D’une vie… limitée ? Vous disiez devoir le prendre. Le reprendre ?
–Tu…
-Tu disais devoir l’emmener.
-Une vie limitée, je ne comprends pas bien ce que tu veux dire. Certains d’entre vous revenez pour une vie entière. D’autres reviennent comme d’un accéléré. Je sais leur fin quand je les rencontre, puisque c’est moi qui leur donnerai. C’est le cas ce soir, sa fin m’a appelée.
-Mais n’est-il pas mort tout à l’heure ?
-Tu ne pourras jamais tout savoir, tout comprendre pour le mettre dans ton récit, tu sais ? Sinon, il faudrait que tu puisses expliquer comment moi-même j’existe, comment tu vis à nouveau, comment nous pouvons nous aimer, nous désirer : comment, comment, comment ? Trop de réponses feraient trop de flou. Les questions, les possibles qu’elles soulèvent, ils nourrissent le désir, ne penses-tu pas ?
-Vous… Tu es presque si hautaine et pédante parfois ! Tellement… qu’à mon tour, j’en aurais envie de toi.
-Patience. Nous devons finir ici, d’abord.
-D’accord… Alors dis-moi, n’est-il pas mort tout à l’heure ?
-Si, mais je te l’ai dit, je ne suis pas magicienne. Si son corps se rend à nouveau, c’est que cela devait être.
-Qu’est-ce qui le maintient alors ?
-Eh bien… Juste avant, tu allais parler de la Lune.
-Oui, et ?
-Eh bien la Lune a ses pouvoirs, et je ne connais pas ses intentions.
-La Lune… Je ne comprends pas. Mais très bien, très bien, le flou, le désir, la patience, tout ça ! En tout cas, ce petit navire de cristal que tu caresses, il ne produisait donc pas une illusion : les phases de la Lune ont bien…
-Oui, d’un fin croissant à cette forme bombée comme un cristal.
-On la dirait prête à se fissurer…
-Elle fait une jolie lumière sur eux… C’est une belle dernière nuit pour ce Julio-là.
-Attention, vous allez redevenir floue…
-Attention, tu me redis vous… et puis, si je n’avais pas le flou, où pourrais-je me cacher de vous tous ? Alors, que mettras-tu dans ton récit de cette nuit ?
-Je t’ai dit, je ne suis pas encore sûr. Dis-moi, lorsque tu m’as proposé de te suivre, de te raconter, je ne pensais pas que tu serais si curieuse !
-Comme quoi ! Peut-être suis-je un peu humaine aussi.
-Peu m’importe ce que tu es, ou n’es pas. J’ai besoin que tu me répondes encore un peu pour savoir qu’écrire !
Mais j’écrirai sûrement quelque part que… dans l’angle mort, on voit mieux l’envers du monde.
-Ah… Je n’arrive pas à savoir si cela est joliment profond, ou atrocement creux. A tel point ! Qu’Angella semble presque t’avoir entendu et tenter de jeter un regard par ici, à l’angle de ses hanches.
-Impossible.
-En effet.
-D’ailleurs, ne peux-tu pas justement me dire ce que tu feras d’Angella ? Et Julio, qui est-il ?
-Alors, si c’est pour le bien de notre histoire… Angella… à vrai dire, je la verrai très bientôt. Pourquoi ces deux se rencontrent, et s’unissent ce soir ? Ça, je te l’ai dit, je n’en suis pas responsable.
Angella, en tout cas… je la verrai le 2 octobre de cette même année qui les voit s’enlacer : au matin, un accident, aussi absurde que tous les autres, à vélo, un virage, une voiture, aucun n’aura regardé.
-Sa fin, quand tu la recueilleras, d’accord. Mais sa vie ?
-Que dirais-tu si en d’autres temps, je t’emmenais la découvrir, par toi-même ?
-Bon… Et Julio ? … D’ailleurs… !
-Oui ?
-Le coin de ton œil rit déjà. Tu sais ce que je vais te demander, c’est ça ?
-Peut-être bien.
-Tu disais avoir déjà connu Julio une fois. Cela veut dire que… Tu as déjà emporté sa vie au moins une fois ?
-Au moins une fois oui. De la même manière, je pourrai t’emmener voir. Mais pour ne pas trop te frustrer, tiens, lis ça. Je te le disais, la Mort n’est pas magicienne. Mais ce papier te donnera des choses à écrire. C’est le journal d’après-demain. »
«
La protestation humaine, édition du 28 août 2014
A l’amour, à la muerte (et un mystère)
Les faits
Ceci n’est pas le genre d’évènement dont les hôtels aiment à faire leur publicité mais hier matin, un homme a été retrouvé sans vie, dans une chambre de l’établissement Los Galgos. Plus inhabituel encore, les premiers éléments communiqués par la police suggèrent que cet homme, de prime abord aux allures de trentenaire, serait décédé d’un arrêt cardiaque dans la nuit du 26 au 27 août. Les caméras de surveillance ont vu sortir une jeune femme à l’aube, qui semblerait n’être autre que celle qui avait loué la chambre initialement. Les policiers sont actuellement à sa recherche et… il ne fait aucun doute que s’ils la retrouvent, ils ne manqueront pas de lui poser une certaine question.
Qui était l’homme ?
En effet, dans les vêtements du défunt -et cela dépasse le cadre de l’habituel ou de l’inhabituel- ont été retrouvés des papiers apparemment des plus authentiques indiquant que Julio Amione, notre homme donc, serait né à Buenos Aires il y a… 145 ans jour pour jour, c’est-à-dire le 26 août 1869. Les policiers ont tenu à rassurer la presse en indiquant « évidemment ne pas prendre cette piste comme un élément de preuve sérieux ». Evidemment. De manière moins évidente, nous sommes parvenus à retrouver trace de Julio Amione dans le cours de l’histoire, et même du Rio de la Plata. Cet ouvrier argentin serait en fait considéré comme disparu depuis le 1er mai de 1900, probablement noyé dans le naufrage d’un voilier. Il est rapporté qu’avec quelques compagnons, il fuyait alors la répression d’émeutes ayant éclaté dans le centre de la capitale argentine. A n’en pas douter, les enquêteurs excluront évidemment que le corps de Los Galgos puisse avoir voyagé dans l’Atlantique et sur les cours du tem… »
« -… Je ne te demande pas comment, ni pourquoi Julio… n’est-ce pas ?
-Ce serait inutile oui. Puisque je ne le sais pas. Il faudrait peut-être lui demander à elle, là-haut. Et encore… Je l’ai connu, c’est tout.
-Mais je peux au moins comprendre qu’à une même personne, vous… tu pourrais te donner à plusieurs reprises ?
-Ceux qui désirent auront mille vies, mon amour. N’en es-tu pas le plus parfait exemple ? »
[1] Prénom, nom.
[2] Génial. Je n’aime pas tellement le formel
[3] Comme un être de paradis.
[4] Réalité.
[5] Tu peux me dire « tu ». Locutions argentines.
[6] Oiseau
[7] Laisse-moi vivre un peu plus, s’il te plaît
[8] N’est-ce pas la vérité ?
[9] Tes mains… m’ouvrent.
[10] Ta bouche, s’il te plaît.
[11] Ça te plaît comme ça ?
[12] Voudrais-tu que moi aus…
[13] Tu touches ma bouche, mes lèvres.
[14] Tu touches ma bouche. Ma bouche te touche.
[15] Tes lèvres, mes lèvres.
[16] La véritable soif.
[17] Attends !
[18] Attends ! Attends…
[19] D’un doigt, tu touches le bord
[20] Tu es fort
[21] Plus fort que… Lentement…
[22] Attends.
[23] Julio… Tu… M’entends ?
[24] Quelle est cette sensation ?
[25] Elle
[26] Si belle
[27] La première fois
[28] Mais
[29] Maintenant
[30] Plus encore
[31] Passé
[32] C’est une bonne idée
[33] Des fois
[34] Quelle femme !
[35] Le même / la même chose
[36] Beaucoup de temps ainsi
[37] Le contact
[38] Lentement, lentement
[39] Sensation, bon dieu !
[40] Le futur
[41] C’est ainsi
[42] Le plus intense
[43] Sa petite force
[44] Laisse-moi vivre un peu plus, s’il te plaît
[45] Je veux la voir
[46] Comprendre
[47] Bleue
[48] Oui… ça me plait davantage
[49] Arrête de monter, descends
[50] D’un doigt je touche le bord de ta bouche. Je la dessine comme si elle sortait de ma main… J.C.
[51] De nouveau, me mange
[52] La présentent
[53] Tes mains… m’ouvrent
[54] Bon…
[55] Je suis le feu, éphémère
[56] Bonne idée
[57] La regarder
[58] Sa peau.
[59] Violette
[60] Je la désire
[61] Ensemble
[62] Ce cristal joue
[63] S’allumer
[64] La lumière
[65] Mon sexe… sa peau
[66] Son dos !
[67] Mes doigts
[68] Son ventre
[69] Attendre
[70] Notre ombre
[71] Le miroir
[72] Tout est comme si
[73] Je ne peux pas attendre plus
[74] Son humidité
[75] Mes doigts
[76] De nouveau, qui ne me plaisait pas
[77] Du feu
[78] Je ne comprends pas
[79] A côté
[80] Lui résister. Son désir
[81] Sa main
[82] Noire !
[83] Cette sensation. Je croyais
[84] Elle… Si puissante.
[85] Sa voile… la lumiere
[86] Sur son omoplate
[87] Mais
[88] La douleur
[89] Dans ma poitrine
[90] Aussi
[91] Je ne comprends pas
[92] Une fissure. Dans mon cœur aussi
[93] Mon corps
[94] Je veux voir
[95] Je ne peux pas lui résister davantage. Lui résister…
[96] Je… Si intense
[97] Mon coeur
[98] Dans le miroir
[99] Grâce à la lumière. Je sens l’électricité
[100] Comme
[101] Eclair
[102] Mon électricité
[103] Sa peau
[104] Quelle est cette ombre ?
[105] Jaune, bleue, violette, noire
[106] Oui
[107] Une ombre
[108] C’est une ombre
[109] C’est mon dernier
[110] Un éclair, un rai de…
[111] Jusqu’à
[112] Si paisible
[113] Je ne peux plus bouger
[114] Je ne me souviens pas
[115] Mais je ne peux pas bouger
[116] Mais je
[117] Je parle. Plus fort !
[118] Mais mon cœur
[119] Tu ne m’entends pas non plus ?
[120] Est-ce toi ?
[121] Une éternité
[122] Que se passe-t-il ? Les nuages…
[123] Tu sembles
[124] Jaune, bleue, violette, noire
[125] Ils sont partis, les nuages
[126] De nouveau. Je peux bouger
[127] Mon corps
[128] Me dit
[129] Est-ce toi ?
[130] Tu as
[131] De loin, de très loin
[132] Personne
[133] Sa main
[134] Noirs
[135] Tu me regardes. Toujours de plus près, tu me regardes, de plus près encore… J.C.
[136] Si puissante
[137] J’ai la sensation
[138] Je ne peux pas, mon corps, ne veut pas
[139] Juste avant
[140] Es-tu triste ?
[141] Une image
[142] Ensuite. Immédiatement
[143] Son cœur aussi
[144] La même
[145] Chose
[146] Je me lève… de son corps
[147] Ma main veut caresser son dos
[148] Sa sueur
[149] Est-ce ce que tu veux ? Me voir…
[150] Son épaule, son cou…
[151] Ce lien… ce désir
[152] Celles de
[153] En ce temps-là
[154] D’un doigt je touche le bord
[155] Dans le miroir
[156] Son épaule
[157] La lumière
[158] Tes caresses
[159] Ne veux-tu pas ?
[160] Sa tête
[161] Son désir. Est nôtre. La nuit. Est à nous.
[162] M’entends-tu ?
[163] Ce bateau de cristal, sa main, sa poitrine, ses jambes… tes yeux
Jean-Marie Loison-Mochon
Le reflet de l’ombre