A l'anarchie du désir

Fragment 12 – Entiché

Dans ce mai tu me fais le printemps

Rendant ce mois enivrant par un haut blanc

Au début ces bois où pleuvait le soleil

Pendant que je buvais tes joues vermeilles

En haut lui voulait briller, moi te déshabiller

Au blanc de ta peau comme sur un hauban, vriller

Un escalier : je t’y porte pour que nous nous emportions

 

Non ton corps n’est pas souple mais je veux m’y allier

Oui l’escale y est comme arriver dans un port sans pavillon

Imprévisible décor sans plus jamais y fermer les yeux

Rester à lier les heures d’invisibles baillons

 

Depuis quelques mois je jouais à jeûner. Mon corps calculait que les reins tendent parfois à plier. Mais si avril me voyait ascète, un 7 mai me fait vriller. Je tire des bords à travers le pays depuis trois semaines, car je déborde de l’envie de te voir, te revoir. Il n’est qu’un seul devoir : écouter son désir. Hésiter tu ne pouvais pas non plus. Quelques lignes d’adressées, pour m’hameçonner. Tout est ainsi déraisonnable, à faire des tours ici, à revenir là-bas. Mais l’avenir est un essai que l’on transforme. Je prends la route, délaisse mes lignes, je la reprends et délaisse la côte. Je veux effleurer tes forêts, parcourir ton relief. Alors nous cheminons sans savoir vers où, allant pour vaquer, un après-midi puis un midi. Dans ce sens on remonte le temps et moi la route. L’aurore revient, nos corps y reviennent aussi. Au silence d’une grande demeure, nos hauts blancs se frictionnent. Tant de distance, de temps et d’histoires dignes d’une fiction. Il se dit qu’autrefois ta famille était rivière, que la mienne y pêchait. Je ne sais pas qui est la prise, cinquante ans après, mais de la prédation je veux bien être la cible. Depuis quelques mois je jouais à jeûner mais maintenant je veux mordre. Ta peau mate est à s’en tordre de désir. Sous mes vêtements je sens s’entendre une douleur. Doux leurre facile, d’avant plaisir : facile car il n’y a plus qu’à te dire, qu’au contraire du soleil qui veut te faire briller, moi je veux te déshabiller. Je joue à lever la somme de nos poids, je me veux homme, je te veux femme. Viens te lover là-haut, là où nos hauts blancs devront brûler comme des drapeaux. Dans le noir d’un après-midi, tel est l’anti-chant du désordre, telle est l’anti-chambre du désir.

 

Dans ce mai tu me fais le printemps

Rendant ce mois enivrant par un haut blanc

Au début ces bois où pleuvait le soleil

Pendant que je buvais tes joues vermeilles

En haut lui voulait briller, moi te déshabiller

Au blanc de ta peau comme sur un hauban, vriller

Un escalier : je t’y porte pour que nous nous emportions

 

Non ton corps n’est pas souple mais je veux m’y allier

Oui l’escale y est comme arriver dans un port sans pavillon

Imprévisible décor sans plus jamais y fermer les yeux

Rester à lier les heures d’invisibles baillons

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